La jeunesse arabe réunie à Beyrouth !

Dans le cadre de la commémoration de l’anniversaire de la République arabe unie (février 1958), s’est tenu du 21 au 22 février dernier, le dixième Congrès de la jeunesse arabe à Beyrouth. Plus de 150 jeunes en provenance des différents pays arabes s’y sont réunis. L’équipe d’Al Fazari a eu l’honneur d’y participer pour son rôle de diffusion de la culture et de l’histoire arabe en Occident.

Congrès de la jeunesse arabe. Beyrouth, février 2020.

Cette expérience fut riche à tout point de vue. Les aînés souhaitaient transmettre le flambeau à cette nouvelle génération qui a été mise à l’honneur.  Elle qui a tant de défis à relever, a été invitée à prendre la parole en toute liberté devant toute l’assemblée. Chacun a pu représenter à la fois son pays, ses opinions et ses aspirations pour la Nation arabe. Bien que chacun pouvait constater les difficultés de son propre Etat, la boussole qui nous guidait tous était la Palestine, sa libération et celle de son peuple. Nous étions comme un seul homme dont le cœur battait unanimement pour la Palestine et la renaissance civilisationnelle  arabe.

A cette occasion, grâce au célèbre journaliste Sami Kleib – que nous remercions- j’ai pu présenter l’association Al Fazari et son Concours littéraire . L’un des thèmes de ce Concours – relevant de la catégorie “roman”- consiste justement à mettre en scène des jeunes héros ayant pour mission de réunifier le monde arabe. J’ai pu ainsi exprimer à nos frères des pays arabes à quel point nous (Arabes de la diaspora) étions attachés à nos racines, à notre nation et à la Palestine malgré le fait que nous vivions en Occident. Notre aspiration n’est autre que l’unité de tous les Arabes et de voir enfin la paix et la prospérité s’y installer.

Je ne puis décrire l’immense honneur et la joie qui s’emparèrent de moi en voyant devant moi Maan Bachour, Talal Salman et Mounir Chafiq que je suivais à distance depuis tellement d’années. Ces hommes ont consacré leur vie à la Nation arabe. Ils sont de véritables références vivantes en la matière. Je vivais un rêve éveillé au sein de cette grande famille. Voir également tous ces jeunes partager le même idéal d’unité que moi m’émut profondément et me remplit d’espoir. L’arabité était le socle qui nous unissait tous au-delà de nos confessions et de nos convictions propres. Pour couronner le tout, nous avons eu l’honneur de dîner avec son Excellence Monsieur le Ministre Mourad qui fut très agréable et attentionné à l’égard de cette jeunesse arabe.

Une bienveillance générale se dégageait de ce Congrès. Cette atmosphère se  faisait également ressentir dans toutes les rues de Beyrouth où les Libanais se montraient très accueillants et souriants. Un sentiment de sécurité et de liberté totale planait dans la capitale du “Pays du Cèdre”. On pouvait y observer la fraternité entre chrétiens et musulmans dont les lieux de culte sont bâtis côte à côte.

Mosquée Mohammed al-Amine à droite et la cathédrale Saint-Georges à gauche.

 

A l’issue de la rencontre, nous avons eu la chance de visiter un camp de réfugiés palestiniens du nom de Borj Barajneh à Beyrouth. Nous y avons chaleureusement été accueillis. Malgré leurs conditions de vie précaires, les Palestiniens du camp nous ont offert avec leurs moyens un concert et un spectacle mettant en exergue leur culture. Partout dans les ruelles du camp et dans le regard des réfugiés (hommes, femmes et enfants) nous pouvions lire leur espoir de pouvoir retourner un jour sur leur terre.

Prestation artistique d’enfants de réfugiés palestiniens. Camp de Borj Barajneh, Beyrouth.

 

C’est ainsi que pour conclure ce voyage, nous sommes allés tout au sud du Liban pour voir cette chère terre de Palestine. En chemin, nous pouvions observer les traces de la guerre ayant opposé le Liban à l’entité sioniste en 1982 puis en 2006. Arrivés enfin aux frontières, la Palestine se dessinait sous nos yeux. Nous pouvions enfin sentir son parfum et admirer ses formes. Une légère brise de vent nous caressait les cheveux. Un sourire illuminait chacun de nos visages à la vue de la terre sacrée. Malgré le mur et les barbelés qui nous séparaient d’elle, en tant qu’Arabes épris de justice et de liberté, nous partagions tous l’intime conviction qu’un jour cette terre retrouverait ses propriétaires légitimes et sa liberté.

Jeunes arabes à la frontière libano-palestinienne (Palestine occupée), Liban du Sud.

 

L’équipe d’Al Fazari tient sincèrement à remercier tous les organisateurs, tous les camarades présents ainsi que Sami Kleib pour l’organisation de ce séjour qui fut une parfaite réussite.

C’est avec une immense fierté que nous pouvons confirmer les vers de ce poème : «  Être Arabe est mon honneur, ma fierté et mon identité. Les terres arabes sont ma patrie et tous les Arabes sont mes frères ».  Nous avons hâte de revenir !

 

 


  • Présentation du Concours littéraire Al Fazari sur le Monde Arabe :

https://alfazari.org/concours-litteraire-al-fazari-rema-roman-court-poesie-sur-le-monde-arabe/

 

Les 7 merveilles arabes : La Mosquée des Omeyyades de Damas (2/7)

Les Arabes ont été les auteurs de grandes civilisations à travers l’histoire. Ils ont laissé un patrimoine et des vestiges exceptionnels. Certains de ces vestiges ont disparu, d’autres sont toujours d’actualité et nous rappellent leur grandeur. Il sera ainsi question, à travers une série d’articles, de redécouvrir ce patrimoine en mettant en lumière sept merveilles arabes.

Focus dans cet article sur la mosquée des Omeyyades de Damas (2/7)

Vue aérienne sur Damas (Syrie) et la mosquée des Omeyyades.

Mosquée de la capitale omeyyade

La mosquée des Omeyyades, appelée « La Grande Mosquée » fut bâtie entre l’an 87 et l’an 96 de l’Hégire (706 – 715 calendrier grégorien) par le calife Al- Walid Ier .  Le souverain voulait doter la ville de Damas – alors nouvelle capitale de l’empire – d’un monument à sa hauteur.

La ville  était un passage incontournable pour voyager en Orient, notamment pour se rendre à la Mecque. La “Grande Mosquée”  a fait l’objet de nombreux récits de la part de géographes, historiens et voyageurs  à l’instar d’al-Idrisi, Benjamin de Tudèle, Ibn Battuta, Ibn Jubayr ou encore Ibn Khaldun qui rivalisèrent de superlatifs pour en louer le caractère unique et faire état de leur émerveillement à la vue de la magnificence des lieux.

C’est ainsi qu’au XIV ème siècle, Ibn Battuta la décrivit en ces termes :

” C’est la plus sublime mosquée du monde par sa pompe, la plus artistement construite, la plus admirable par sa beauté, sa grâce et sa perfection. On n’en connaît pas une semblable, et l’on n’en trouve pas une seconde qui puisse soutenir la comparaison avec elle. Celui qui a présidé à sa construction et à son arrangement fut le commandeur des croyants al-Walid, fils d’Abd al-Malik, fils de Marwân.”

Les chroniques relatent même qu’un ambassadeur de Byzance se serait évanoui en découvrant l’intérieur de la salle de prière.  Le récit Merveilles de la Création (ʿAjâjʾib al-makhlûkât), œuvre composée par al-Qazwînî au XIII ème siècle fait également mention de la beauté de la mosquée.

Il s’agissait à la fois d’un lieu de culte et de savoirs où l’on prodiguait divers enseignements. Construite non loin d’un palais d’époque omeyyade – découvert lors de récentes fouilles archéologiques – elle est avec le Dôme du Rocher en Palestine et Qusair Amra « le Palais rouge » en Jordanie ; un des seuls monuments de l’époque omeyyade à avoir conservé un état proche des plans originels.

Calife omeyyade Al-Walid Ier

Le plus grand bâtiment du monde musulman à son époque : Modèle à suivre 

De par ses dimensions (157 × 77 m), cet édifice était alors le plus grand bâtiment du monde musulman et servit de modèle à toutes les autres mosquées de l’Empire. La “Grande Mosquée” est un exemple typique du plan arabe. Trois entrées permettent son accès  :  à l’ouest : “Bab el Bared”,  à l’est  “Bab Al Juryun” et enfin au nord “Bab Al Faadis”. Une fontaine est présente  dans la cour pour les ablutions.

Le décor est constitué par des mosaïques de verre à fond d’or qui recouvrent en grande partie les murs, mais aussi de bois sculptés et de marbre blanc présent également sur le sol. Six grilles de marbre à motifs géométriques sont jusqu’à aujourd’hui conservées. Toutefois, les peintures et apports de bronze (lustres et feuillets recouvrant le bois, comme au dôme du Rocher) n’existent plus.  Le mihrab est quant à lui sculpté en pierres précieuses. 

A travers l’art, on peut voir deux principaux thèmes qui se dégagent. L’édifice en pierre représente un monde pacifié et musulman et les décors floraux représentent quant à eux la ville idéale imaginée par les Omeyyades.

Mihrab principal de la mosquée des Omeyyades, Damas (Syrie).

Une histoire mouvementée

La mosquée connut plusieurs tremblements de terre et incendies en 1069, 1166 et 1174. C’est toutefois en 1893 qu’elle connut l’incendie le plus ravageur. Il fallut trois décennies pour mener à bien la restauration de l’édifice.

En 2013, suite au conflit en Syrie, un tir de mortier a atteint la façade de la Grande Mosquée et des mosaïques ont été détériorées mais leur restauration a été immédiate. La mosquée fut relativement épargnée par la guerre du fait que la capitale se trouve assez éloignée des zones de conflits.

Une Mosquée aux tombeaux illustres

 

Tombeau du Prophète Yahya (Jean-Baptiste)

 

La mosquée de Damas abrite les tombeaux de plusieurs grands personnages qui ont marqué l’histoire des Arabes et de l’Islam. On y trouve le tombeau de Salahddine (Saladin) (1138-1193), premier calife de la dynastie Ayyubide, connu comme l’artisan de la reconquête d’Al Qods (Jérusalem) face aux croisés. Son tombeau est le plus visité de la mosquée avec celui de Hussein, fils de Ali et petit-fils du Prophète Muhammad, dont la tête est conservée.

On trouve également les tombeaux des Prophètes Yahia (Jean-Baptiste) et Yunus ( Jonas).


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Les 7 merveilles arabes : La cité ronde de Bagdad (1/7)

Les Arabes ont été les auteurs de grandes civilisations à travers l’histoire. Ils ont laissé un patrimoine et des vestiges exceptionnels. Certains de ces vestiges ont disparu, d’autres sont toujours d’actualité et nous rappellent leur grandeur. Il sera ainsi question, à travers une série d’articles, de redécouvrir ce patrimoine en mettant en lumière sept merveilles arabes.

Focus dans cet article sur la cité ronde de Bagdad (1/7)

La cité ronde de Bagdad, appelée aussi: “La Cité de la Paix” (en arabe : Madinat-As-Salam”) est une ancienne ville construite dans la partie ouest de Bagdad, entre 767 et 912 ap. JC. C’est dans cette cité que se trouvait la “Maison de la Sagesse” (en arabe: al-Bayt al-Hikma) haut lieu de savoirs. En effet, c’est à Bagdad qu’est fondée en 832 la plus ancienne Maison de la Sagesse, sous le règne d’Al-Mamun.

La construction de cette ville fut l’initiative du deuxième calife abbasside Abu Jafar Al Mansur. Il avait engagé les astronomes les plus renommés ainsi que les artisans les plus habiles de tout son empire. Il a fallu quatre années et près de 100 000 ouvriers pour bâtir la prestigieuse cité.

Le plan de la ville fut conçu de manière parfaitement circulaire avec un diamètre de 4 km. Cela avait pour but de faciliter l’administration de la cité et le commerce. Au centre de Madinat-As-Salam, on trouvait une grande mosquée qui se distinguait par sa coupole de couleur verte ainsi que le palais du calife. Les logements des officiers de la cour et les bureaux administratifs étaient situés autour. La ville était protégée par un fossé de 20 m de large dans lequel l’eau était amenée par un canal ainsi que par une double enceinte circulaire.

Du centre, se distinguaient quatre avenues qui menaient chacune à une porte : Bab Echam, Bab Khorassane, Bab Bassora et Bab Al Koufa. Ces quatre portes permettaient d’entrer dans la ville. Elles étaient gardées par des sentinelles qui étaient chargées de contrôler les entrées et les sorties.

Toutes les constructions étaient bâties en briques, matériau traditionnel de la région.

Le fameux dôme vert construit sur le palais, surplombait la ville. Il mesurait plus de 48 m de haut. Richement décoré, ce dôme impressionnait tous les visiteurs de la cité. Lui qui fit la gloire de Bagdad, se verra s’effondrer en 941 suite à la foudre.

Les califes abbassides bâtissaient avec un très grand souci d’esthétisme. Madinat-As-Salam en était l’exemple. Elle se caractérisait par ses nombreux pavillons, ses colonnes, ses jardins, ses ruisseaux et pièces d’eau, ses parcs zoologiques ou encore ses caravansérails.

De par son rayonnement, la ville s’était rapidement agrandie. Elle perdait donc  peu à peu sa forme ronde originelle. Au Moyen-Âge, les voyageurs européens confondaient Bagdad avec Babylone. À cette époque, elle était formée de deux grandes parties. La première partie était constituée par “la ville ronde d’al-Mansur” située sur la rive ouest du Tigre ; la deuxième partie par la ville fortifiée d’Al-Mustazhir en 1095, à l’est.  En 1221, le calife An-Nasir rénova les fortifications auxquelles il implanta des bastions. En effet, la majeure partie de la ville ronde avait été détruite lors d’une guerre de succession en 812-813. Seule la mosquée avait été épargnée.

Madinat -As-salam était la plaque tournante du commerce international.  Via les ports du Golfe arabique (Ubullah, port de Bassora ou Sirâf) et la route de la soie, transitaient les marchandises en provenance d’Inde (épices, pierres précieuses); de Chine (soie); du Yémen (parfums) et d’Afrique orientale (bois précieux, ivoire, or). Via les routes terrestres,  la ville commerçait également avec les Bulgares de la Volga; le monde scandinave (peaux et fourrures); Constantinople ou encore l’Occident chrétien.

Les historiens considèrent Bagdad comme la première ville au monde à avoir atteint une population d’ un million d’habitants entre les VIIIe siècle et IXe siècle. En comparaison, à la même époque dans l’Occident chrétien, la population de l’ancienne « capitale » des Francs, Aix-la-Chapelle, comptait environ 10 000 habitants.

De nos jours, la ville ronde – décrite alors par l’historien et géographe al-Yaqubi comme étant « la seule ville à être connue dans le monde entier” – n’est plus. Toutefois, Bagdad, capitale de l’Irak depuis tous ces siècles, garde toujours le souvenir de ce glorieux passé.


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Source: Histoire islamique

 

Hommage : il y a un an, Zineb Redouane, un crime d’État ?

Hommage : il y a un an, Zineb Redouane, un crime d’État

Le 2 décembre 2018, Zineb Redouane, Algérienne de 80 ans résident à Marseille, mourait des suites d’un tir de grenade au visage par la police lors d’une manifestation des Gilets jaunes.

Le procureur de la République osera mettre la répression policière hors de cause dans le décès de Zineb, prétextant un « choc opératoire » et affirmant qu’« à ce stade, on ne peut pas établir de lien de cause à effet entre la blessure et le décès ».

Son fils Sami Redouane se bat depuis cette date pour faire justice pour l’assassinat de sa mère.

Retour en vidéo sur l’affaire
(Source : Le Média)

Tunisie – 24 morts dans un accident de bus

Tunisie : l’accident d’un bus de tourisme fait au moins 24 morts

Un bus qui transportait des passagers tunisiens en excursion s’est renversé dans un ravin ce dimanche. Les victimes ont toutes entre 20 et 30 ans.

Tragique accident ce dimanche matin dans la région d’Aïn Snoussi, dans le nord-ouest de la Tunisie. L’accident d’un bus de tourisme en provenance de Tunis et à destination d’Aïn Draham a fait dimanche 24 morts et 18 blessés. Un bilan précédent faisait état de 22 morts et 21 blessés.

Le véhicule roulait sur une route sinueuse reliant la ville d’Amdoun à celle d’Aïn Drahem. Le bus s’est effondré dans un ravin. Les circonstances exactes de l’accident restent encore inconnues.

Les victimes, âgées de 20 à 30 ans, se trouvaient en excursion dans la région. Elles sont toutes de nationalité tunisienne, a précisé le ministère du Tourisme.

Source : Le Parisien

La Tunisie émet un timbre “Al Qods, capitale de la Palestine” !

La Tunisie émet un timbre “Al Qods, capitale de la Palestine” ! Une décision courageuse peut-être dûe à l’arrivée au pouvoir de Kaïs Saied, un président déclarant son soutien total à la cause palestinienne ?

La Poste tunisienne a annoncé avoir mis en vente à compter du 20 novembre un timbre à l’effigie de la mosquée Al-Aqsa, portant la mention « Al-Qods capitale de la Palestine », indique un communiqué officiel, précisant que le timbre est désormais disponible dans tous les bureaux de poste et sur Internet. Une décision aussitôt fustigée par quelques médias israéliens.

Depuis sa très modeste campagne électorale, le nouveau président de la République Kaïs Saïed, qui boucle son premier mois au pouvoir dans deux jours, s’était déjà fait remarquer par ses positions sans concession sur la question palestinienne, se montrant extrêmement hostile à toute « normalisation », terme qu’il refuse même d’employer, lui préférant l’expression « haute trahison ».

Saïed fut d’après des agences de presse palestiniennes qui le saluent, le premier dirigeant arabe à avoir réagi au bombardement de Gaza par l’aviation israélienne vendredi dernier en violation du cessez-le-feu, bien que le compte Twitter du président n’ait pas été authentifié. « Gaza demeurera la terre de la dignité à une époque où les vestiges du colonialisme tentent de ramener la nation arabe au bercail d’une dépendance humiliante »

 

 

Source : Le Courrier de l’Atlas; https://www.lecourrierdelatlas.com/tunisie-la-tunisie-emet-un-timbre-jerusalem-capitale-de-la-palestine–22993#.XdYl6OrhJhs.facebook

Al Mu’tasim, le champion arabe

Al Mu’tasim, de son nom complet Abu Ishâq al Mu’tasim-billah est né en 794 à Bagdad en Irak. Il est le troisième fils du célèbre Calife abbasside Hâroun ar-Rachid. Al Mu’tasim devient Calife le 10 août 833 en succédant à son frère Al Ma’mun.

 

Le Calife Al-Mu’tasim est célèbre dans la civilisation arabo-musulmane pour avoir accomplit des actes héroïques. L’un de ces actes s’est déroulé durant le sixième jour du mois de ramadan de l’an 223 de l’hégire (31 juillet 838 calendrier grégorien).

Cette date marque la conquête de la ville d’al-‘Amouriya (Amorium; Située en actuelle Turquie), par le Calife abbasside Al-Mu’tasim en réponse au cri de détresse lancée par une captive musulmane  qui s’était écriée ” Ya Mu’tassama”. Cette dernière, issue de la famille des Hâchim, avait été faite prisonnière avec plus de mille autres femmes et enfants musulmans par les envahisseurs byzantins lorsqu’ils prirent les villes de Zibatra et Maltiya.  Les hommes avaient tous été exterminés. Une scène d’horreur avait eu lieu lors de cette attaque romaine en terre d’islam.

Cette intrusion dans l’empire arabo-musulman était due aux manigances du Perse Babak Khurramdîn. Ce dernier avait écrit une lettre à l’empereur byzantin Théophile pour l’informer que le Calife était aux prises avec lui et que par conséquent il s’agissait du moment opportun pour attaquer les musulmans. Babak Khurramdîn était le chef du mouvement des Khurramites. Ce mouvement était caractérisé comme étant anti-arabes et anti-musulmans. Il était localisé sur le territoire azéri (partie iranienne et partie azerbaïdjanaise). Les Khurramites appelaient à la rébellion contre le califat abbasside qu’ils combattaient farouchement ainsi qu’à la perversion des moeurs et à la division du monde musulman.

Le Calife fut informé de cette invasion et des massacres perpétrés à l’encontre de sa population. On lui rapporta également l’appel désespéré de la captive musulmane et la réponse qui lui avait été faite par un soldat byzantin.  Ce dernier lui avait rétorqué avec sarcasme : “Crois-tu qu’Al Mu’tasim viendra te sauver avec une armée composée de chevaux noirs et blancs ?”

 

Crédit: Histoire islamique

Suite à cela, Al Mu’tasim décida sur le champ d’aller libérer cette femme et tous les autres captifs musulmans. Il ordonna la constitution d’une armée composée de 70 000 hommes montants des chevaux noirs et blancs.  Il dirigea son armée vers l’armée byzantine qu’il vainquit. Le Calife envoya son général Afchin pour aller combattre Babak qu’il captura.  Le rebelle responsable du massacre des musulmans et de l’invasion romaine fut exécuté le 4 janvier 838 à Samarra.

Pour laver l’honneur des musulmans et répondre à l’acte des Byzantins qui avaient violé tous les accords de paix en vigueur entre les deux empires, Al Mu’tassim décida d’assiéger la ville la plus importante et la plus chère aux yeux des Romains d’Orient, à savoir al-‘Amouriya. C’est dans ce contexte qu’il prit la ville après un long siège.

C’est ainsi qu’il entra dans l’histoire comme le héros arabe, qui pour l’appel à l’aide d’une captive musulmane, n’hésita pas un instant à défier la puissante Byzance et à en ressortir vainqueur.

La Mecque préislamique, une Cité-Etat ?

Illustration de le Kaaba à l’époque préislamique.

Cité commerçante située au nœud des voies commerciales qui relient la Syrie et la Palestine au Golfe Arabique, au Yémen et à l’Abyssinie, la Mecque constitue quelques siècles avant l’avènement de l’Islam un point de transit, notamment des produits venus du Sud de l’Arabie afin de parvenir à Byzance. L’ Arabie a ainsi vu naître au Ve siècle l’émergence d’une nouvelle cité-Etat au carrefour de plusieurs civilisations.

On appelle communément une « cité-Etat » la forme politique spécifique d’une ville qui dispose de l’ensemble des pouvoirs d’un Etat. Elle est dotée de ses propres organes de pouvoir, son indépendance et est reconnue comme telle à l’échelle internationale. La cité-Etat antique, à l’instar de Carthage, Rome ou encore Athènes, se distingue toutefois de la cité-Etat italienne ou d’Europe du nord de la fin du Moyen-Age. En effet, la cité antique est indissociable de son arrière-pays campagnard, comptant les pays propriétaires au nombre de citoyens, tandis que la cité médiévale entretenait avec sa campagne des relations de domination, notamment mercantile.

Par conséquent, quid de l’organisation de la ville qui a vu naitre l’Islam et du fonctionnement de sa société ? S’agissait-il d’une véritable cité-Etat ? Tantôt dépeinte comme une période d’archaïsme à la fois par la doctrine islamique comme non islamique, tantôt occultée par l’historiographie contemporaine, la période de la « Jahiliyya » fut en vérité une période cruciale pour le développement à venir de la civilisation arabe.

L’intellectuel Malek Bennabi a écrit dans Vocation de l’islam :

« Il arrive souvent qu’on tronque la conception historique, ainsi que le fit Thucydide qui annulait tout le passé de l’humanité en déclarant qu’avant son époque, aucun événement important ne s’était produit dans l’Univers. C’est ainsi que l’on crée la culture d’empire ».

L’auteur dénonce ici sous le concept de « culture d’empire » l’adoption d’une vision simpliste de l’histoire qui consisterait à nier tout apport du passé par le « nouveau dominant ». C’est dans cette conception biaisée de l’histoire que la période de la « Jahiliyya » ou « Temps de l’ignorance », correspondant à la période préislamique, ne fut décrite que de manière péjorative. Pourtant, si l’on s’affranchit de cette « culture d’empire », on peut constater que la Mecque préislamique était une Cité dotée « d’une civilisation raffinée et d’institutions politiques avancées » [1].

Qusay ibn Kilâb, le fondateur de l’Etat Mecquois

La Cité fut fondée au Ve siècle par Qusay Ibn Kilâb. Il était issu de la tribu des Quraysh qui appartenait à l’aristocratie arabe. Les Quraysh descendent des Kinanides, qui est une branche des Adnânides. Ces derniers descendent eux-mêmes d’Ismaël, fils d’Abraham.

Qusay Ibn Kilâb joua un rôle primordial dans la constitution de l’Etat mecquois. Il fut à l’origine de la réunification et la sédentarisation de sa tribu autour de la Kaaba. Il mit alors en place un système sophistiqué reposant sur trois piliers : religieux, politique, militaire.

L’ organisation du domaine religieux

Dans le domaine religieux, les Quraysh occupaient la fonction de « gardiens du Temple » de la Kaaba. Par cette fonction, ils devaient s’assurer que la ville puisse subvenir aux besoins des pèlerins en eau et en nourriture et les guider tout au long du pèlerinage.

L’organisation du domaine politique:  Sénat & Impôt

Au niveau politique, Qusay mit en place un sénat et un impôt [2].

Le sénat était situé en face de la Kaaba et réunissait en son sein les chefs de clans de Quraysh, leurs alliés de Kinâna et les notables de la ville. C’est dans ce lieu que les grandes décisions relatives aux affaires de la Cité étaient adoptées et que l’on votait les décrets [3]. Ces derniers étaient retranscrits sur des feuillets ou rouleaux et étaient in fine entreposés au sein de la Kaaba. L’orientaliste Henri Lammens parle d’« une véritable République au cœur de l’Arabie » [4].

Comme le souligne A. S. Al Kaabi, par « République », il s’agit ici du sens originel du terme, à savoir : « un mode de gouvernement où il n’y avait pas de chef ou de roi, mais uniquement un ‘chef d’assemblée’ qui présidait les discussions, synthétisait les avis des membres du Conseil et prononçait la décision finale. Le pouvoir résidait dans la collégialité et n’était pas concentré entre les mains d’un seul homme » [5].

Ce mode de gouvernement était commun à toutes les tribus arabes à travers des sortes de « Conseils tribaux » qui réunissaient les différents chefs de clans. Il sera d’ailleurs conservé et adapté durant la période islamique avec le dispositif de la « Choura ».

La seconde mesure politique prise par Qusay Ibn Kilâb, comme précédemment évoqué, est la mise en place d’un impôt prélevé sur tous les habitants de la Cité afin de financer l’entretien du temple et de distribuer aux pèlerins et voyageurs repas et aumônes. Qusay prit un décret à l’égard des Quraysh instituant l’hospitalité obligatoire pour les pèlerins en ces termes :

« Ô peuple de Quraysh ! Vous êtes les hôtes de Dieu, les gardiens de Sa Maison, de Son Temple. Or, le pèlerin est l’invité de Dieu, le visiteur de sa Maison. Il vous incombe d’être généreux, alors offrez l’eau et le couvert pendant les jours de pèlerinage » [6].

Dès lors, les Quraysh acceptèrent ce décret et s’engagèrent à subvenir aux besoins des nomades arabes venus des quatre coins de l’Arabie afin d’adorer al-Asnam, c’est-à-dire les idoles. En effet, bien que la Kaaba fut à l’origine créée dans le but d’adorer le Dieu unique, peu à peu, notamment sous l’impulsion de Amru Ibn Luhay, le temple s’est transformé en un panthéon abritant les diverses idoles déposées par les visiteurs.

L’ organisation du domaine militaire

Qusay Ibn Kilâb ne se contenta pas seulement d’agir dans les domaines religieux et politique. Il entreprit également des initiatives dans le domaine militaire en établissant notamment une coalition réunissant les tribus arabes qui le soutinrent par le passé à assoir son autorité. Les Quraysh détenaient alors l’hégémonie sur cette alliance. Cette dernière leur permettait de prévenir les éventuelles menaces de tribus rivales ou hostiles qui pouvaient par ailleurs être soutenus par les royaumes et empires voisins.

Ainsi, par l’établissement de solides institutions politiques et la constitution d’alliances militaires, la Mecque vit les prémices de la fondation d’une cité-Etat. Toutefois, ce nouvel Etat demeurait défaillant sur le plan de la gestion des deniers et sur la capacité d’anticipation des perspectives économiques et commerciales qui s’ouvraient aux Quraysh.

La Mecque, une Cité-Etat devenue influente

Après la mort du fondateur de l’Etat mecquois en 480, ses descendants vont  s’atteler à le renforcer.

L’ essor commercial de la Cité-Etat

Entre l’an 500 et l’an 520, ses petits-fils Nawfal, Abdu Shams, Hâshim et Al-Muttalib, descendants de son fils Abdu Manâf, utilisèrent leurs talents de diplomates pour renforcer les alliances commerciales, et plus largement étendre la domination commerciale mecquoise dans la région. Ils se répartirent les tâches et les régions de manière organisée dans le but de remplir efficacement leurs missions.

Ibn Kathir rapporte que Hâshim obtint des « rois arabes de Syrie », les Banu Ghassân, tribu arabe de confession chrétienne, ainsi que de l’empereur byzantin, qui était alors Anastase Ier issu d’une dynastie Thrace, l’autorisation pour les commerçants mecquois de vendre sur les marchés de l’empire, notamment à Damas, destination principale des caravaniers arabes.

Abdu Shâms quant à lui, rencontra le Négus, roi d’Ethiopie et obtenu un accord commercial permettant aux Mecquois d’accoster dans les ports de la corne de l’Afrique et d’accéder aux marchés africains. Nawfal obtint également un accord avec l’empereur perse Kavadh Ier pour distribuer leurs marchandises dans les grandes villes de l’empire. Enfin, Al Muttalib négocia avec les rois himyarites du Yémen. Il s’agissait des rois Hanife Ibn Alim puis de Dhu Nuwas qui étaient alors les souverains de cette époque. Il obtenu lui aussi un droit de passage pour les commerçants qurayshites. Ils avaient ainsi pu bénéficier d’un accès aux marchés du sud de l’Arabie et commercer librement [7].

Ces accords ont permis d’accroître considérablement la prospérité économique de la cité-Etat. A.S. Al-Kaabi nous rapporte que la Mecque était devenue « l’un des centres névralgiques du commerce international. C’est à Mekka que transitaient les encens du Yémen, les épices d’Inde, d’Ethiopie, pour achalander les marchés de Ctésiphon en Perse, les villes d’Irak, ainsi que Damas et Gaza. Sur le chemin du retour les convois mekkois ramenaient vers l’Arabie et le Yémen les produits manufacturés de Syrie : armes, tissus précieux et artisanat de toutes sortes » [8].

La route des épices, qui était devenue de plus en plus menacée en mer par la piraterie, s’était déplacée sur des voies terrestres considérées plus sûres. Afin sécuriser leurs convois de caravaniers, les Quraysh avaient signé des traités avec des chefs de tribus situées à proximité des routes commerciales qu’ils empruntaient.

Routes commerciale d’Arabie dans l’antiquité. Crédit: IMA

 

Par ailleurs, la descendance de Qusay contribua à l’amélioration du fonctionnement de la société et des institutions politiques et militaires que leur ancêtre avait mises en place. Le pouvoir politique était entre les mains Abdu Dâr et les Abdu Mânaf. Afin d’améliorer l’accueil des pèlerins, Hashim s’attelait entre autres à assurer l’accueil des pèlerins les plus démunis et produisait lui-même le pain destiné aux nécessiteux [9].

L’ amélioration des institutions politiques

A l’instar de leurs aïeuls, les Mecquois s’assuraient du partage équitable du pouvoir et les assemblées politiques se voulaient consensuelles afin de ne pas provoquer de querelles ou de conflits d’intérêts. C’est pourquoi, les fonctions afférentes aux nouvelles institutions mises en place furent attribuées à d’autres clans qurayshites. Le partage des fonctions politiques se fit au-delà des seules familles descendantes de Qusay. Le domaine de la justice fut, à titre d’exemple, attribué aux Banû Taym.

Les Banû’Aday quant à eux se virent attribuer la fonction diplomatique. En effet, le Sénat avait décidé de créer la fonction de « Safara » c’est à dire « ambassade ». De par leur nouvelle fonction diplomatique, les Banû’Aday consolidèrent la politique extérieure de la Cité en s’engageant à travers une série d’alliances tribales afin de coordonner les différentes tribus arabes et éviter les conflits.

Le partage de ces fonctions qui se traduisait in fine par une « séparation des pouvoirs », chaque clan occupant en toute autonomie une fonction bien précise, assurait un équilibre et par là-même une forte stabilité des institutions politiques.

L’essor culturel de la Cité

Sur le plan culturel, la cité-Etat connut un réel essor grâce à l’enrichissement progressif de la langue arabe, notamment par le biais de la pratique de la poésie.

Le goût prononcé des Arabes pour cet art, avait amené les notables de la Mecque à choisir « les sept poèmes les plus célèbres et les plus magistraux pour les accrocher à la Kaaba en signe d’immense respect pour le génie littéraire de leurs auteurs » [10], on parle des Suspendus ou des Pendantifs (al-Mu’allaqat) [11].

L’ amélioration de l’institution militaire

Sur le plan militaire, le sénat décida de se doter d’une armée stricto sensu pour s’assurer de prévenir d’éventuelles menaces et de renforcer les alliances préexistantes. L’organisation de cette fonction fut attribuée aux Banu Makhzûm, Clan dont descendra plus tard le Général Khalid ibn al-Walid reconnu pour ses tactiques et prouesses militaires, notamment lors de l’unification tribale de l’Arabie, des guerres arabo-byzantines et de la guerre arabo-perse. Tandis que seuls les puissants royaumes étaient dotés d’une cavalerie de combat en raison de l’important investissement financier et en temps de formation que cela nécessitait, les Banu Makhzum décidèrent à leur tour de renforcer l’armée en intégrant un corps important de cavaliers. Les autres tribus Kinanides devaient quant à elle fournir les troupes de fantassins en cas de conflit.

Ainsi, l’Arabie vu naitre au fil des siècles une véritable cité-Etat en plein cœur de l’Arabie, qui s’articulaient autour d’un système politique sophistiqué. La mise en place d’une politique diplomatique et d’une politique de défense permit d’assurer de manière pérenne le développement du commerce entre l’Arabie, le Yémen, l’Afrique, la Mésopotamie, les côtes méditerranéennes, la Perse et l’Inde, régions intégrantes de la Route de la Soie. Les nombreux déplacements commerciaux et diplomatiques ont également permis aux Arabes de partager leur culture dans toute la péninsule et au-delà.

Alors que la tradition musulmane comme non musulmane présentent une Arabie préislamique décadente et anarchique durant l’«Âge de l’Ignorance », traduisant ainsi un temps de crise politique et d’appauvrissement générale, il est à noter qu’en réalité cette période n’aurait duré qu’un peu plus d’une décennie. La « Jahiliyya » donc, au regard des éléments qui ont été avancés, ne représente pas une période sombre de l’histoire. De même, il n’a pas été opéré de rupture catégorique entre le passé préislamique et l’avènement de l’Islam. Imprégnée par des siècles d’histoire, la Mecque vit naitre cette religion au VIIe siècle qui héritera de plusieurs institutions alors déjà en vigueur en Arabie préislamique, à l’instar de la « Choura ». En outre, il est rapporté que le Prophète de l’Islam aurait dit : « j’ai été envoyé pour parfaire les caractères et les ennoblir » [12]. Cela démontre bien qu’il y a une certaine continuité entre le passé antéislamique et l’arrivée de l’Islam qui est venue « parfaire » ce qui existait déjà. L’avènement de cette religion propulsera en effet cette Cité du statut de ville d’influence en Arabie à ville-sainte universelle où jusqu’à nos jours des millions de musulmans de toutes nationalités confondues perpétuent chaque année le pèlerinage autour de la Kaaba.

Bibliographie :

[1] [2] A. Soleiman. Al-Kaabi, Histoire politique de l’Islam. Tome 1, 2016.
[3] Ibn Sa’d, At Tabaqat al Kubra, 2013. 
[4] Henri Lammens, La république marchande de la Mecque vers l’an 600, 1910.
[5] A. Soleiman. Al-Kaabi, Histoire politique de l’Islam. Tome 1, 2016.
[6] Ibn Hishâm, Sira, 2009.
[7] Tafsir Ibn Kathir Tome 2,  2003.
[8] A. Soleiman. Al-Kaabi, Histoire politique de l’Islam, Tome 1, 2016.
[9] Ibn Sa’d. At-Tabaqât al Kubra, 2013.
[10] A. Soleiman. Al-Kaabi, Histoire politique de l’Islam, Tome 1, 2016.
[11] Christian Robin, «La péninsule arabique à la veille de la prédication muhhammadienne », dans Thierry Bianquis, Pierre Guichard et Mathieu Tillier (dirs.), Les débuts du monde musulman, VIIe – Xe siècle : De Muhammad aux dynasties autonomes, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio », 2012.
[12] Hadîth rapporté par Malik dans Muwatta.

Ibn al-Nafis et ses apports à la Science

Portrait imagiaire d'Ibn Al Nafis

 

Portrait imaginaire d’Ibn Al-Nafis, savant arabe du XIII ème siècle

Ibn al-Nafis, de son vrai nom Alaa Uddine Ali Ibn Abi al-Hazm al-Qurashi, plus connu dans la littérature arabe sous le nom de al-Qurashi, est né vers 1213 (l’an 609 de l’hégire) dans les environs de Damas en Syrie. Brillant médecin arabe, il s’est également distingué dans les domaines de la philosophie, de la jurisprudence, de la logique, de la théologie et de la littérature. Il exerça et enseigna la médecine dans les hôpitaux de Damas et du Caire.

L’ une de ses plus grandes contributions en matière médicale est sa découverte de la petite circulation ou circulation pulmonaire. Il est le premier à avoir découvert la circulation sanguine dans les artères coronaires. Il fut également le premier à découvrir que la circulation sanguine vers les poumons avait pour fonction l’apport en air. Enfin, il découvrit que les artères pulmonaires ne contenaient ni air ou sédiments mais seulement du sang contrairement à la thèse erronée du Grec Galien.

Ce dernier postulait l’existence d’un passage direct du sang entre les deux ventricules du cœur, avec circulation à double sens dans la veine pulmonaire.

Le médecin arabe démontra en quoi ce postulat était erroné. Il écrit: “Le coeur ne possède que deux ventricules et il n’y a absolument aucune ouverture entre ces derniers. De même, la dissection s’oppose à ce qu’ils prétendaient puisque le septum entre ces deux cavités est beaucoup plus épais que nul autre. L’intérêt de ce sang (qui se trouve dans la cavité droite) est de rejoindre les poumons, de se mélanger avec l’air qui s’y trouve, puis de cheminer au travers des veines pulmonaires pour gagner la cavité gauche du coeur.”

Ibn al-Nafis réfuta également certaines thèses d’Ibn Sina (Avicenne) quant au rôle des artères coronaires dans l’irrigation du muscle cardiaque. A titre d’exemple, il écrit à ce sujet :

En outre, le postulat (d’Avicenne) qui voudrait que le sang du côté droit serve à nourrir le coeur n’est absolument pas vrai, en effet la nutrition du coeur provient du sang circulant dans les vaisseaux qui pénètrent le corps du coeur”.

C’est ainsi que le le savant arabe, par son approche méthodologique, ses raisonnements, son observation, son esprit critique et ses dissections, est parvenu à réaliser des découvertes majeures, contribuant ainsi grandement aux progrès de la médecine.

Ibn al-Nafis était par ailleurs un savant prolifique, et ce, dans divers domaines. Parmi ses nombreuses oeuvres on peut citer: Al-Kitab Al-Shamel fil Tibb (Encyclopédie médicale de 300 volumes), inachevée en raison de sa mort, (le manuscrit se trouve à Damas);  Al-Madh-hab Fil Kohl (Traité d’Ophtalmologie); Il a également écrit de nombreux ouvrages en théologie, droit, grammaire et logique. Son oeuvre littéraire la plus célèbre est Al-Risalah al-Kamiliyyah fi l-Sira al-Nabawiyyah. Ce texte est considéré comme le premier roman théologique sur la vie du Prophète Mohammed.  Le médecin était réputé pour sa piété. Il démontre ainsi que l’islam n’est pas un obstacle à la science.

Ibn al-Nafis mourut au Caire en 1288.  Il légua tout son héritage à l’hôpital Al-Mansur du Caire. Les immenses apports de ce savant furent malheureusement peu connus. Ses découvertes furent attribuées bien plus tard à des occidentaux comme Servet, Vésale, Colombus et Harvey.


Pour en savoir plus :

Les différents styles de la calligraphie arabe

Calligraphie arabe

 

Crédit: Sid-Ali Karamenzali, Festival international de la calligraphie arabe, Alger, juin 2014.

Il existe divers styles d’écritures calligraphiques arabes. Les principaux sont :

• Le Koufique : Anguleux et géométrique ; style utilisé autrefois par les scribes de Koufa pour la copie des Corans, il a servi aussi à la gravure des inscriptions dans la pierre. Il est encore très employé de nos jours dans la décoration architecturale.

• Le Naskhi : Ses origines remontent au VIIIe siècle. Il a gagné en popularité après que le calligraphe notoire Ibn Mouqlah l’eu retravaillé au Xe siècle en une forme plus rythmée. Avec l’arrivée du papier, qui succéda au parchemin, et grâce à Ibn Al-Bawbab qui en fit une calligraphie élégante, ce style gagna ses lettres de noblesse et servit d’écriture principale pour les Corans. Aujourd’hui, il y a plus de Corans copiés en Naskhi que dans toutes les autres écritures arabes réunies. Elle est presque toujours composée de courts traits horizontaux et verticales d’égale hauteur au-dessus et au-dessous de la ligne médiane. Les courbes sont pleines et profondes, les jambages droits et verticaux.

• Le Diwani : D’origine Turque, et ayant connu son summum durant le règne Ottoman, ce style de calligraphie arabe se définit par l’élongation des caractères et son allure ornementale prononcée.

• Le Riqa : Ou « Petite Feuille » dérive du Naskhi et du Thuluth. L’aspect géométrique de ses lettres et plus particulièrement les fioritures des finales, s’apparente largement à celles du Thuluth, mais elle est bien plus petite et dotée de courbes plus arrondies et ses Alifs ne sont jamais écrits avec des barbelures. Le centre des boucles des lettres est toujours rempli, les lignes horizontales sont très courtes et les ligatures agencées avec densité, les finales étant souvent rattachées aux initiales. C’est de nos jours l’écriture manuscrite la plus employée dans le monde arabe.

• Le Taliq : Aussi appelé Farsi, est léger et élégant, comme suspendu ; créé par les calligraphes de la Perse pour les recueils de poésie, il est devenu un des styles prépondérants chez les Persans, les Indiens et les Turcs.

• Le Thuluth : Apparue au VIIe siècle, est une calligraphie statique et monumentale, surtout utilisée à des fins décoratives dans les manuscrits et les inscriptions. Elle a également servi pour la copie des Corans, surtout pour les têtes de chapitre et les colophons. On la juge comme la plus importante des écritures ornementales.

• Le Maghribi : Naguère utilisé dans les pays du Maghreb, en Espagne islamique et au Soudan, il tend, aujourd’hui, à être remplacé par le Naskhi en Afrique du Nord.

• Le Mohaqqaq : C’était à l’origine une écriture dont les lettres étaient moins angulaires que le koufique, avec des ligatures amplement séparées. L’ensemble était « produit avec méticulosité » comme son nom le signale. Avec la découverte du papier autour de 750, cette calligraphie arabe acquit une certaine rondeur qui la rendit plus facile à tracer et elle devint l’écriture privilégiée des scribes. Modifiée par Ibn Muqlah, elle conserva ses déliés allongés sans trop de pleins ni d’enjolivures accusées sous les lignes. Cela en fit l’écriture privilégiée des Corans de grand format.

 

Source: Firdaous.com