La jeunesse arabe réunie à Beyrouth !

Dans le cadre de la commémoration de l’anniversaire de la République arabe unie (février 1958), s’est tenu du 21 au 22 février dernier, le dixième Congrès de la jeunesse arabe à Beyrouth. Plus de 150 jeunes en provenance des différents pays arabes s’y sont réunis. L’équipe d’Al Fazari a eu l’honneur d’y participer pour son rôle de diffusion de la culture et de l’histoire arabe en Occident.

Congrès de la jeunesse arabe. Beyrouth, février 2020.

Cette expérience fut riche à tout point de vue. Les aînés souhaitaient transmettre le flambeau à cette nouvelle génération qui a été mise à l’honneur.  Elle qui a tant de défis à relever, a été invitée à prendre la parole en toute liberté devant toute l’assemblée. Chacun a pu représenter à la fois son pays, ses opinions et ses aspirations pour la Nation arabe. Bien que chacun pouvait constater les difficultés de son propre Etat, la boussole qui nous guidait tous était la Palestine, sa libération et celle de son peuple. Nous étions comme un seul homme dont le cœur battait unanimement pour la Palestine et la renaissance civilisationnelle  arabe.

A cette occasion, grâce au célèbre journaliste Sami Kleib – que nous remercions- j’ai pu présenter l’association Al Fazari et son Concours littéraire . L’un des thèmes de ce Concours – relevant de la catégorie “roman”- consiste justement à mettre en scène des jeunes héros ayant pour mission de réunifier le monde arabe. J’ai pu ainsi exprimer à nos frères des pays arabes à quel point nous (Arabes de la diaspora) étions attachés à nos racines, à notre nation et à la Palestine malgré le fait que nous vivions en Occident. Notre aspiration n’est autre que l’unité de tous les Arabes et de voir enfin la paix et la prospérité s’y installer.

Je ne puis décrire l’immense honneur et la joie qui s’emparèrent de moi en voyant devant moi Maan Bachour, Talal Salman et Mounir Chafiq que je suivais à distance depuis tellement d’années. Ces hommes ont consacré leur vie à la Nation arabe. Ils sont de véritables références vivantes en la matière. Je vivais un rêve éveillé au sein de cette grande famille. Voir également tous ces jeunes partager le même idéal d’unité que moi m’émut profondément et me remplit d’espoir. L’arabité était le socle qui nous unissait tous au-delà de nos confessions et de nos convictions propres. Pour couronner le tout, nous avons eu l’honneur de dîner avec son Excellence Monsieur le Ministre Mourad qui fut très agréable et attentionné à l’égard de cette jeunesse arabe.

Une bienveillance générale se dégageait de ce Congrès. Cette atmosphère se  faisait également ressentir dans toutes les rues de Beyrouth où les Libanais se montraient très accueillants et souriants. Un sentiment de sécurité et de liberté totale planait dans la capitale du “Pays du Cèdre”. On pouvait y observer la fraternité entre chrétiens et musulmans dont les lieux de culte sont bâtis côte à côte.

Mosquée Mohammed al-Amine à droite et la cathédrale Saint-Georges à gauche.

 

A l’issue de la rencontre, nous avons eu la chance de visiter un camp de réfugiés palestiniens du nom de Borj Barajneh à Beyrouth. Nous y avons chaleureusement été accueillis. Malgré leurs conditions de vie précaires, les Palestiniens du camp nous ont offert avec leurs moyens un concert et un spectacle mettant en exergue leur culture. Partout dans les ruelles du camp et dans le regard des réfugiés (hommes, femmes et enfants) nous pouvions lire leur espoir de pouvoir retourner un jour sur leur terre.

Prestation artistique d’enfants de réfugiés palestiniens. Camp de Borj Barajneh, Beyrouth.

 

C’est ainsi que pour conclure ce voyage, nous sommes allés tout au sud du Liban pour voir cette chère terre de Palestine. En chemin, nous pouvions observer les traces de la guerre ayant opposé le Liban à l’entité sioniste en 1982 puis en 2006. Arrivés enfin aux frontières, la Palestine se dessinait sous nos yeux. Nous pouvions enfin sentir son parfum et admirer ses formes. Une légère brise de vent nous caressait les cheveux. Un sourire illuminait chacun de nos visages à la vue de la terre sacrée. Malgré le mur et les barbelés qui nous séparaient d’elle, en tant qu’Arabes épris de justice et de liberté, nous partagions tous l’intime conviction qu’un jour cette terre retrouverait ses propriétaires légitimes et sa liberté.

Jeunes arabes à la frontière libano-palestinienne (Palestine occupée), Liban du Sud.

 

L’équipe d’Al Fazari tient sincèrement à remercier tous les organisateurs, tous les camarades présents ainsi que Sami Kleib pour l’organisation de ce séjour qui fut une parfaite réussite.

C’est avec une immense fierté que nous pouvons confirmer les vers de ce poème : «  Être Arabe est mon honneur, ma fierté et mon identité. Les terres arabes sont ma patrie et tous les Arabes sont mes frères ».  Nous avons hâte de revenir !

 

 


  • Présentation du Concours littéraire Al Fazari sur le Monde Arabe :

https://alfazari.org/concours-litteraire-al-fazari-rema-roman-court-poesie-sur-le-monde-arabe/

 

La librairie de l’Orient, l’une des dernières librairies arabes de Paris

La librairie de l’Orient, située dans le 5ème arrondissement de Paris, est l’une des dernières librairies arabes de Paris. La plupart des librairies ont dû fermer à cause des prix exorbitants et du manque d’intérêt de la clientèle.

Ouverte dans les années 1990, elle propose des milliers de références en arabe et en français, consacrées au monde arabo-musulman mais aussi à l’histoire, la religion ou encore la poésie. La librairie est fréquentée par tous les passionnées du monde arabe. Les libraires ne manquent jamais de nous conseiller à propos des ouvrages à découvrir !

A l’heure où le livre est plus que jamais menacé par de grandes enseignes, dont le business model est proche de l’exploitation, nous nous devons de soutenir les libraires indépendants qui défendent courageusement une idée de la culture et de la liberté d’expression qui pourrait bien disparaître…


 

Hommage : il y a un an, Zineb Redouane, un crime d’État ?

Hommage : il y a un an, Zineb Redouane, un crime d’État

Le 2 décembre 2018, Zineb Redouane, Algérienne de 80 ans résident à Marseille, mourait des suites d’un tir de grenade au visage par la police lors d’une manifestation des Gilets jaunes.

Le procureur de la République osera mettre la répression policière hors de cause dans le décès de Zineb, prétextant un « choc opératoire » et affirmant qu’« à ce stade, on ne peut pas établir de lien de cause à effet entre la blessure et le décès ».

Son fils Sami Redouane se bat depuis cette date pour faire justice pour l’assassinat de sa mère.

Retour en vidéo sur l’affaire
(Source : Le Média)

Tunisie – 24 morts dans un accident de bus

Tunisie : l’accident d’un bus de tourisme fait au moins 24 morts

Un bus qui transportait des passagers tunisiens en excursion s’est renversé dans un ravin ce dimanche. Les victimes ont toutes entre 20 et 30 ans.

Tragique accident ce dimanche matin dans la région d’Aïn Snoussi, dans le nord-ouest de la Tunisie. L’accident d’un bus de tourisme en provenance de Tunis et à destination d’Aïn Draham a fait dimanche 24 morts et 18 blessés. Un bilan précédent faisait état de 22 morts et 21 blessés.

Le véhicule roulait sur une route sinueuse reliant la ville d’Amdoun à celle d’Aïn Drahem. Le bus s’est effondré dans un ravin. Les circonstances exactes de l’accident restent encore inconnues.

Les victimes, âgées de 20 à 30 ans, se trouvaient en excursion dans la région. Elles sont toutes de nationalité tunisienne, a précisé le ministère du Tourisme.

Source : Le Parisien

La Tunisie émet un timbre “Al Qods, capitale de la Palestine” !

La Tunisie émet un timbre “Al Qods, capitale de la Palestine” ! Une décision courageuse peut-être dûe à l’arrivée au pouvoir de Kaïs Saied, un président déclarant son soutien total à la cause palestinienne ?

La Poste tunisienne a annoncé avoir mis en vente à compter du 20 novembre un timbre à l’effigie de la mosquée Al-Aqsa, portant la mention « Al-Qods capitale de la Palestine », indique un communiqué officiel, précisant que le timbre est désormais disponible dans tous les bureaux de poste et sur Internet. Une décision aussitôt fustigée par quelques médias israéliens.

Depuis sa très modeste campagne électorale, le nouveau président de la République Kaïs Saïed, qui boucle son premier mois au pouvoir dans deux jours, s’était déjà fait remarquer par ses positions sans concession sur la question palestinienne, se montrant extrêmement hostile à toute « normalisation », terme qu’il refuse même d’employer, lui préférant l’expression « haute trahison ».

Saïed fut d’après des agences de presse palestiniennes qui le saluent, le premier dirigeant arabe à avoir réagi au bombardement de Gaza par l’aviation israélienne vendredi dernier en violation du cessez-le-feu, bien que le compte Twitter du président n’ait pas été authentifié. « Gaza demeurera la terre de la dignité à une époque où les vestiges du colonialisme tentent de ramener la nation arabe au bercail d’une dépendance humiliante »

 

 

Source : Le Courrier de l’Atlas; https://www.lecourrierdelatlas.com/tunisie-la-tunisie-emet-un-timbre-jerusalem-capitale-de-la-palestine–22993#.XdYl6OrhJhs.facebook

De la shu’ubiyya chez les « citoyens français de confession musulmane »

Assimilation et discours anti-arabe au sein de la communauté musulmane en France

« Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé un Coran arabe, afin que tu avertisses Oum al-Qoura [la Mecque]et ses alentours ».

Coran 42 : 7

 

Dans l’histoire de la civilisation arabo-islamique, le mouvement de la shu’ubiyya[1] fut une réaction anti-arabe qui se développa à partir du VIIIèmesiècle de l’ère chrétienne et qui attint son apogée au IXèmesiècle en Iraq. Réaction au développement de la culture arabo-islamique dans différents domaines, le mouvement de la shu’ubiyya fut porté par les kuttâb[2] d’origine Perse, Araméenne ou Copte qui vivaient en concurrence ethno-sociale avec leur environnement arabe. Selon al-Jahiz (776-869), les kuttâb distillaient de « pompeuses maximes persanes » et dénigraient la tradition arabo-islamique alors que, socialement, ils étaient entièrement dépendants de leurs employeurs arabes. Cette contradiction entre leurs références culturelles et leur position sociale expliquait leur ressentiment anti-arabe.

Les partisans de la shu’ubiyya faisaient la promotion de l’idée de suprématie des non-arabes en déniant aux Arabes toute importance dans le passé comme dans le présent. Les shu’ubites dénigraient les Arabes en les attaquant sur différents plans. Par exemple, ils affirmaient que les arts et les sciences étaient uniquement le produit des cultures grecques ou indiennes car les Arabes ne leur avaient strictement rien apportés. Les partisans de la shu’ubiyya critiquaient aussi les méthodes militaires « rudimentaires » des Arabes comparées à celles des Sassanides ou des Byzantins, qu’ils avaient pourtant largement dominés sur le champ de bataille. Ils dénigraient également leurs origines bédouines dénuées de raffinement car, selon les shu’ubites, seuls les Perses ou les Byzantins étaient capables d’éloquence, de bonne conduite ou de délicatesse.

En raison de leurs arguments bien trop rudimentaires, les partisans de la shu’ubiyya n’ont pas constitué une réelle menace pour l’unité de l’Empire abbasside (750-1258). Toutefois, ils ont pesé sur les orientations futures du monde arabo-islamique en essayant d’en remodeler les institutions et les valeurs politiques et sociales. Pour al-Jahiz, l’une des principales figures de l’opposition à la shu’ubiyya, le danger principal de ce mouvement résidait dans l’attaque de l’islam s’abritant derrière le masque de la critique virulente des Arabes. En d’autres termes, en attaquant les Arabes les partisans de la shu’ubiyya visaient l’islam qui avait permis aux Arabes de bâtir une civilisation florissante. De ce fait, la réponse au mouvement de la shu’ubiyya fut à la fois arabe et islamique. A la suite de l’action d’al-Jahiz et d’autres, la shu’ubiyya fut finalement réduite à néant en Iraq.

Une nouvelle shu’ubiyya apparut en Andalousie au XIèmesiècle. Cette nouvelle shu’ubiyya était essentiellement portée par des Berbères et des Européens – Galiciens, Francs, Basques ou Germains – qui réutilisaient les arguments polémiques anti-arabes développés en leur temps en Iraq. Finalement, les partisans de la shu’ubiyya andalouse n’eurent guère plus de succès que leurs prédécesseurs mésopotamiens.

Au cours de l’histoire de la civilisation arabo-islamique, certains ont perçu différents mouvements comme des formes réactualisées du mouvement de la shu’ubiyya du VIIIèmesiècle. Pour Sami A. Hanna et George H. Gardner, des idées aussi diverses que l’ottomanisme ou l’occidentalisme au XIXèmesiècle ou l’internationalisme, le régionalisme ou le socialisme au XXème, peuvent être considérées, sous certains aspects, comme des formes renouvelées de la shu’ubiyya, car ils ont eu essentiellement pour fonction commune d’essayer de saper la conscience communautaire arabe. Néanmoins, ces idéologies ont fini elles-mêmes par susciter automatiquement une réaffirmation de l’identité arabo-islamique[3].

Émergence d’une nouvelle shu’ubiyya dans l’hexagone

A l’instar d’expressions plus récentes de certaines formes de shu’ubiyya, au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone, une réaction anti-arabe s’est exprimée selon des modalités particulières largement déterminées par le contexte social existant en France. La vieille idée selon laquelle les Arabes n’auraient rien apporté dans le domaine culturel ou scientifique, n’est plus soutenue que par une poignée d’« intellectuels » révisionnistes[4]. De ce fait, au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone, les idées de la shu’ubiyya se sont essentiellement exprimées contre l’« Arabe réel », c’est-à-dire contre le travailleur immigré maghrébin, le « blédard » et, par extension, contre le monde arabe contemporain et sa culture. Évidemment, cette nouvelle shu’ubiyya a été largement définie par l’idéologie dominante en Occident qui représente l’Arabe comme la figure même du « barbare »,c’est-à-dire le représentant d’une culture menaçante pour l’Occident.

Le discours néoshu’ubite a eu essentiellement pour but de marquer et d’exprimer la distance existante entre les « citoyens français de confession musulmane » et les Arabes, en dénigrant ces derniers. Par exemple, redéployant le vieil argument shu’ubite selon lequel la culture arabe serait particulièrement frustre, les néoshu’ubitesse sont plus à dénoncer le « traditionalisme » de la culture maghrébine ou arabe qu’ils rejettent. Aiguisant leurs critiques, les néoshu’ubites ont même remis en cause l’islamité réelle des Arabo-musulmans qui seraient incapables de distinguer religion et tradition. Contrairement à ces peuples « frustres », les néoshu’ubites font nettement la différence entre la culture arabo-islamique, qu’ils rejettent, et la religion musulmane qu’ils prétendent souvent mieux comprendre en raison de leur culture occidentale « supérieure ».

Ce discours néoshu’ubite n’est pas apparu ex nihilo du jour au lendemain. Il a été construit et transmis patiemment à un large public pendant des années avant de parvenir à se répandre massivement au sein du corps social de la communauté musulmane vivant en France. Actuellement, il se trouve dans une position quasiment hégémonique au sein de la « communauté musulmane organisée ».

A partir des années 1980, nombre d’associations musulmanes ont réduit l’Islam à une « simple » foi transcendante éludant par là son caractère de civilisation immanente. Cela marquait les débuts du développement du discours néoshu’ubite. Réduisant l’Islam à une simple pratique cultuelle, les questions prioritaires de ces associations, et des intellectuels musulmans proches d’elles, portaient sur la compatibilité de la foi musulmane avec son environnement occidental : « Comment être musulman et français ? » ou bien « comment être musulman dans un environnement laïc et républicain ? ». Dans cette perspective, ces associations s’attachèrent à expliquer qu’il n’y avait pas de contradiction entre le fait d’être citoyen français, de respecter le cadre légal républicain et laïc et le fait d’être pleinement musulman. Pour exprimer leur identité française ou européenne, elles firent la promotion d’un « islam de France », d’un « islam gallican » ou encore d’un « islam européen » détaché de toute référence à la culture et à la civilisation arabo-islamique.

Malgré l’opposition à laquelle ces associations ont dû faire face de la part des autorités françaises et des médias, cet islam désincarné, « internationaliste » ou « shu’ubite », était naturellement compatible avec l’idéologie assimilationniste dominante en France bien que la préservation de pratiques cultuelles musulmanes restait problématique pour les assimilationnistes intransigeants qui souhaitaient une dilution complète de l’être musulman dans l’occidentalité. La profusion de « F », pour « français » ou « de France », dans les sigles de ces organisations musulmanes gravait jusque dans leur nom cette volonté de promouvoir un islam désincarné, détaché de ses racines civilisationnelles, compatible avec la logique de l’idéologie assimilationniste française. En raison de cette compatibilité, l’« islam de France » ou l’« islam européen » désincarné est un instrument efficace du pouvoir politique français pour instaurer un contrôle culturel, idéologique et organisationnel, de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone. L’idée d’un « islam de France » permettait de couper les musulmans de leur identité civilisationnelle pour les enfermer dans une perspective uniquement hexagonale.

La construction d’un « islam de France » ou d’un « islam européen » passait nécessairement par un rejet ou une minoration de l’identité arabe au sein de la civilisation islamique et au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone. La construction de cet « islam » n’était, d’une certaine manière, qu’une façon de redéployer l’idéologie néoshu’ubite au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone. Au fil des ans, le discours néoshu’ubite s’est approfondi et développé pour devenir hégémonique au sein du monde associatif des « citoyens français de confession musulmane ».

Exemple d’une première expression du discours néoshu’ubite

En 2003, Dounia Bouzar et Saïda Kada publiaient un livre, L’une voilée, l’autre pas, Le témoignage de deux musulmanes françaises[5], qui fut l’une des expressions les plus abouties de l’idéologie néoshu’ubite de cette séquence historique fortement marquée par les débats sur la question du port du hijab. Cet ouvrage n’était nullement un ouvrage conceptuel traçant des perspectives théoriques et pratiques mais uniquement l’expression d’une idéologie construite en amont, notamment par Tariq Ramadan dont Saïda Kada se réclamait explicitement.

Selon Nadjib Achour, cet ouvrage est « une véritable profession de foi assimilationniste » reposant sur une mise en avant « de l’identité française »par un « rejet du passif familial ou historique » et par une « rupture avec la sphère civilisationnelle » arabo-islamique. En réalité, ces deux éléments n’en forment qu’un seul : celui de l’opposition radicale à l’identité arabo-islamique qu’elle soit portée par la famille, l’histoire ou, plus largement, par une civilisation. Cette opposition à l’identité arabo-islamique représente le cœur même de l’idéologie néo-shu’ubite des « citoyens français de confession musulmane » qui, en découplant l’islam comme religion transcendante et l’Islam comme civilisation immanente, cherchent à se départir de toute marque d’identité arabo-islamique.

Dans le cadre de cette idéologienéo-shu’ubite, en introduction, les auteures affirment que « le foulard est un phénomène français. Les jeunes filles qui le portent sont françaises, elles revendiquent et mettent en avant leur francité »[6]. Saïd Kada explique que « l’idée de double culture est bien loin de nous. Nous nous sentons et nous nous revendiquons pleinement françaises »[7].Selon nos deux auteures, cette génération se revendique de l’identité de « Français musulmans » ou de « musulmans français ». De ce fait, il n’est nullement question ici d’une quelconque référence à la civilisation arabo-islamique car nos deux auteures se définissent uniquement comme françaises ayant pleinement « réussi »leur assimilation à la société française. Le fait de se réapproprier une terminologie – « Français musulmans » – ayant eu cours dans l’Algérie colonisée est une manifestation de la prégnance de l’idéologie coloniale assimilationniste au sein de la communauté musulmane malgré un héritage des combats anticolonialistes revendiqué par Saïda Kada. La réappropriation de cette terminologie permet aussi de déceler une partie des origines coloniales inavouées du discours néoshu’ubite.

L’identité française hautement revendiquée passe, chez nos deux auteures, par le rejet de la culture arabo-islamique incarnée par la « génération des parents ». Selon Nadjib Achour, les deux auteures « ne sont pas avares en qualificatifs méprisants pour évoquer cette culture religieuse du Maghreb, réactivant par la même de vieux poncifscoloniaux ».Ainsi, « la génération des parents »se voit « exclue du champ de la religiosité islamique, car, pour Dounia Bouzar, la culture religieuse des parents n’est pas l’Islam mais les traditions »[8].Dans le même sens, contre une « tradition arabe »indéfinie, Saïda Kada affirme revendiquer « la modernité à partir de l’Islam »[9]. Elle précise que Tariq Ramadan « nous a aidés à distinguer ce qui relève de la culture de ce qui relève de la religion »[10]en venant « rassurer toute une génération de jeunes qui avaient envie de vivre pleinement leur Islam dans leur pays sans savoir s’y prendre »[11].Pleinement compatible avec l’idéologie assimilationniste française, la distinction faite par les néoshu’ubitesentre religion et civilisation permettait de critiquer et de rejeter l’ensemble de l’héritage civilisationnel arabo-islamique tout en restant religieusement musulman.

Cette distinction permettait aussi de développer une autre orientation centrale dans le discours néoshu’ubite : l’occidentalisation de l’islam ou, autrement dit, la production d’un islam « européen » ou « français ». La volonté d’occidentaliser l’islam est clairement énoncée par Dounia Bouzar et Saïda Kada dans leur ouvrage. Saïda Kada se réfère à une lecture « réformiste » de l’islam, qui consisterait à « réinterpréter nos sources à la lumière du contexte occidental du XXIèmesiècle »[12]. Cette réinterprétation des sources islamiques revendique ostensiblement sa francité puisque Saïda Kada affirme que sa génération a commencé à penser « l’Islam en français »[13]en se dégageant des représentations étrangères, pour ne pas dire arabes, de l’islam. Développant l’idée de réinterprétation des sources islamiques, cette relecture permettrait, selon Dounia Bouzar, de « désethniciser l’Islam »[14]c’est-à-dire, selon la vieille obsession des partisans de la shu’ubiyya, de faire œuvre de « salubrité publique » en désarabisant la religion musulmane.

Dans sa critique, Nadjib Achour explique clairement que Dounia Bouzar et Saïda Kada se font, en fait, « les adeptes d’un vieux rêve du colonialisme français, celui d’une rupture définitive des Maghrébins avec le monde arabe par le biais de la déculturation et de l’assimilation »[15].Ce « rêve du colonialisme français » s’accordait pleinement avec la vieille ambition des shu’ubites de lutter contre toute forme d’identité arabe au sein de l’islam.

Emblématique d’un moment historique singulier, le discours développé dans l’ouvrage de Dounia Bouzar et Saïda Kada a été, par la suite, dépassé dans le sens d’un surcroît d’affirmation de « francité » de la part des « citoyens français de confession musulmane ». Ce surcroît d’affirmation de « francité » était intimement lié à un contexte de stigmatisation continuellement accruede l’islam et des musulmans en France. Dos au mur, nombre de musulmans vivant dans l’hexagone ont accepté de faire le jeu des institutions étatiques en donnant toujours d’avantage de gages de loyauté envers la France et en renforçant continuellement l’orientation assimilationniste préalablement définie. Dans ce cadre, le discours néoshu’ubitede rejet de l’héritage civilisationnel arabo-islamique a encore été accentué en se droitisant nettement.

Manipulations « soraliennes » du discours néoshu’ubite

La droitisation du discours néoshu’ubite a plusieurs origines parmi lesquelles l’islamophobie affichée par une partie des organisations – politiques, syndicales ou associatives – de gauche au nom d’une laïcité marquée par le legs colonial. Le rejet et la stigmatisation des musulmans souhaitant s’inscrire dans des perspectives alternatives par les organisations de gauche a largement bénéficié aux musulmans conservateurs[16]. Ce contexte a permis à Tareq Oubrou de développer sa ligne idéologique portée sur la droite de l’échiquier politique français[17]. Enfin, l’influence d’Alain Bonnet de Soral, alias Alain Soral, sur une partie significative de la sphère associative musulmane a favorisé la diffusion des idées nationalistes françaises avec les préjugés coloniaux anti-arabes qu’elles charrient.

Aspirant au titre de « directeur de conscience » des « citoyens français de confession musulmane », Alain Soral a largement repris et utilisé le discours néoshu’ubite anti-arabe en le radicalisant et en lui adjoignant les idées de la « droite des valeurs » coloniales. Toutefois, si Alain Soral a pu manipuler les idées néoshu’ubites au profit des intérêts de son camp politique c’est parce qu’elles étaient manipulables. Dans un article publié en décembre 2009[18], qu’Égalité et Réconciliation considère comme un « texte essentiel », Alain Soral explique sa « vision » de l’« islam français » qu’il souhaite voir fleurir dans l’hexagone. En réalité, loin d’être un article théorique de haute volée, ce modeste papier se contente de formuler les injonctions faites à l’endroit des musulmans par une partie de la « droite nationale » française.

Dans cet article, Alain Soral explique que « le positionnement politicien de Marine Le Pen est excellent pour le FN » car la « critique de l’Islam radical, c’est la défense de la France ».Cette critique d’un « Islam radical », évidemment jamais clairement défini, passe par un dénigrement systématique de ceux qu’Alain Soral qualifie de « jeunes barbus de trois jours »et de « jeunes filles à foulard pour la frime et la drague ».Alain Soral se déclare favorable à ce que« les musulmanes enlèvent leur foulard dans l’espace public » comme devraient le faire, selon lui, les porteurs de kippas. En réalité derrière les « jeunes » hommes et les « jeunes » filles qu’il stigmatise, Alain Soral est apeuré par la « surenchère identitaire »de cette jeunesse qui menacerait l’identité française « éternelle ».

Selon le président d’Égalité et Réconciliation, le fait qui « exaspérerait » particulièrement les Français c’est « l’arabisation de la France ». Cette « arabisation de la France »« est d’abord la conséquence de l’immigration, de cette immigration à marche forcée contre la volonté des peuples – de tous les peuples, Français comme Maghrébins – voulue par le mondialisme ». Contre cette « arabisation de la France »à défaut de pouvoir déislamiser les musulmans, Alain Soral propose dedésarabiser l’islam en coupant les musulmans vivant dans l’hexagone de l’héritage civilisationnel arabo-islamique pour qu’ils ne demeurent plus que des « musulmans cultuels » sans identité spécifique. En cela, le discours d’Alain Soral rejoint celui des néoshu’ubites qui, pendant des années, se sont employés à découpler l’Islam civilisationnel et l’islam cultuel. La résonance du discours d’Alain Soral au sein d’une partie significative de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone n’est pas étrangère à cette perspective commune de ces deux courants idéologiques – néoshu’ubiteet « soralien ».

Contre « l’arabisation de la France », Alain Soral s’empresse donc de rappeler « qu’Islam ne veut pas nécessairement dire arabe » et qu’il peut donc se développer en France un « islam national » non-arabe pour ne pas dire anti-arabe et anti-immigré. Ainsi, pour Alain Soral, « les nationalistes par patriotisme véritable » ont pour devoir de« donner la parole à cette nouvelle génération de Français musulmans patriotes, qui sont bien plus nombreux que les femmes en burqa ».Ces « Français musulmans patriotes », Alain Soral les somme de dire à leurs concitoyens « gaulois » qui « souffrent » de « l’arabisation de la France » : « que l’islam n’est pas une religion arabe, mais universelle »[19]« et que s’ils sont de confession musulmane, en tant que patriotes français, ils sont aussi résolument contre l’immigration, le mondialisme et l’arabisation du pays » ; « qu’ils sont plus encore […] pour l’indépendance de la France et pour la francisation de l’Islam »[20].

Poursuivant ses injonctions anti-arabes à l’endroit des « Français musulmans patriotes », Alain Soral leur ordonne de dire « aux citoyens français de souche » : « qu’une mosquée n’a pas en France à être un monument d’importation orientale » ; « que la foi authentique ne se réduit pas à ses signes temporels et contingents et qu’ils sont donc, eux aussi, contre les minarets inutiles et autres signes ethniques dans l’espace public » ; « qu’en résumé, ils sont eux aussi contre la colonisation »de la France par l’immigration arabo-musulmane.

Énonçant des exigences s’apparentant aux cérémonies de reddition de l’époque coloniale, le président d’Égalité et Réconciliation ne s’arrête pas à ses injonctions à l’endroit des musulmans. N’étant pas musulman et n’ayant reçu aucune formation islamique, Alain Soral s’autorise à définir la norme musulmane comme le faisait l’administration coloniale en son temps[21]. Ainsi, il affirme que « rien dans les cinq piliers de l’islam, rien dans [la]théologie » n’interdit« la francisation de l’Islam »,bien « au contraire ». Dans ce sens, il explique qu’« il n’y a donc aucune obligation que le musulman français se présente à nous en babouches, avec coupole et minaret »[22]. Cette position hostile aux « coupoles » et aux « minarets », au nom d’une « francisation de l’Islam », permet à Alain Soral de justifier auprès de son public de « Français musulmans patriotes »le résultat du référendum Suisse sur l’interdiction des minarets, initié par la « droite nationale » suisse en novembre 2009.

Radicalement assimilationniste, le programme d’Alain Soral est un véritable appel àun « viol des consciences » des musulmans vivant dans l’hexagone dont il exige qu’ilsrenoncent à leur histoire et à leur identité arabo-islamique. Le seul avenir acceptable en France pour la communauté musulmane, selon le président d’Égalité et Réconciliation, passe par une dépersonnalisation radicale et une francisation intégrale. Ce programme peu original n’est finalement que le redéploiement du vieux plan mis en œuvre par l’État français dans l’Algérie colonisée vis-à-vis de « ses populations indigènes ».

Le « Français musulman patriote » : aboutissement du discours néoshu’ubite

Lentement préparé par le discours néoshu’ubite, certains cadres communautaires musulmans nettement orientés à droite de l’échiquier politique français ont succombé au programme « soralien » de « viol des consciences » des musulmans vivant dans l’hexagone. Aujourd’hui, ils développent et diffusent les idées d’Alain Soral au sein de la communauté musulmane en leur donnant un pseudo-cachet islamique.

Pur produit de l’aile droite du milieu associatif musulman hexagonal et influencé par Alain Soral, Camel Bechikh pousse l’idéologie assimilationniste, néo-shu’ubiteet déculturante du discours sur le « citoyen français de confession musulmane » jusqu’au bout de sa logique[23]. Après plusieurs années d’engagement, le président de l’association de Fils de France souhaite être cohérent avec lui-même en défendant l’idée d’un « islam franchouille », qui n’est que l’accouchement droitier de ce qui était en gestation depuis de nombreuses années. Pour Camel Bechikh, les musulmans vivant dans l’hexagone doivent dépasser le discours du « citoyen »français promu depuis près de trente ans pour défendre le « patriotisme français »s’enracinant dansun amour de la terre. Il est nécessaire que les musulmans développent un « rapport charnel » à un pays « vieux de 3 000 ans » comme l’avait défendu Charles Maurras en son temps puisque le fondateur de L’Action française est une référence revendiquée par Camel Bechikh[24].

Ce « patriotisme » des « Français musulmans » repose clairement, dans le discours de Camel Bechikh, sur une discrimination claire entre le cultuel et le culturel. N’ayant strictement rien d’original, cette distinction est la pierre angulaire du discours néoshu’ubitedepuis plusieurs années. Les musulmans seraient d’un coté adeptes de l’islam au niveau cultuel et de l’autre profondément attachés à la « culture française ». Pour ce faire, selon Camel Bechikh, l’association Fils de France « insiste sur une chose »essentielle à ses yeux de « Français musulman patriote » : la séparation entre la notion d’Islam avec un « I » majuscule représentant l’Islam civilisationnel et la notion d’islam avec un « i » minuscule incarnant la religion musulmane détachée de l’espace et du temps. En tant que « Français musulman », Camel Bechikh se revendique uniquement de la « civilisation européenne et française » en séparant nettement ce qui relève de l’Islam civilisationnel de ce qui relève de l’islam spirituel désincarné. Pour lui, les musulmans vivant dans l’hexagone doivent vivre l’islam en « i » minuscule c’est-à-dire uniquement comme spiritualité transcendante et en aucun cas comme une civilisation immanente. Cette discrimination entre l’Islam civilisationnel et l’islam spirituel doit permettre, selon Camel Bechikh, un processus positif d’« acculturation des musulmans »[25].

Dans la perspective assimilationniste de Camel Bechikh, l’immigration historique ou plus récente est profondément dépréciée. Historiquement, pour le président de Fils de France,  les premiers travailleurs immigrés maghrébins étaient des sous-prolétaires non pas en raison de la structuration raciste de la société française mais parce qu’ils ne « maitrisaient » pas les codes culturels français. Cette perception dépréciative repose sur une omission de l’histoire de l’immigration maghrébine et de ses luttes politiques[26]. Toutefois, s’il dévalorise l’immigration historique, Camel Bechikh se montre nettement hostile à l’immigration dans la France actuelle, qui empêche, selon lui, les musulmans d’intégrer pleinement la culture française. Afin de préserver la France de ces éléments allogènes intrus, il devient « vital », pour Camel Bechikh, « destopper l’acquisition quasi systématique de la nationalité après seulement quelques années de présence sur le sol français ». Pour les enfants d’immigrés nés en France et ayant acquis la nationalité française par le « droit du sang », Camel Bechikh est ouvertement hostile à la « double nationalité » car elle constitue« un frein à l’acculturation »[27].

Cette hostilité à l’immigration a un caractère central dans le discours du « Français musulman patriote » Camel Bechikh car elle est, avec la mondialisation, l’un des deux grands dangers qui menacent la France « plurimillénaire » dans sa souveraineté et son identité éternelle. La mondialisation ne serait pas tant une menace du fait de ses conséquences sociales destructrices qu’en raison du remplacement des bistrots « franchouilles » par des « kebabs » importés. Au-delà de ce danger « terrifiant » de la mondialisation par le « kebab », les flux migratoires incessants mettent en « péril » l’« économie du pays »,le « vivre ensemble »notamment parce que ces flux ne sont plus « assimilables ». De ce fait, pour Camel Bechikh, il est maintenant nécessaire de fermer les frontières afin de pourvoir « intégrer, assimiler, acculturer »les « nouveaux français »pour qu’ils deviennent de « vrais français »[28].

La même perception d’une immigration nuisible et menaçante se retrouve dans la prose d’un autre « Français musulman patriote », Abdelaali Baghezza. Celui qui se fait appeler Albert Ali est, à l’instar de Camel Bechikh, le produit d’une synthèse de l’aile droite du milieu associatif musulman et des idées développées par Alain Soral. Pour Abdelaali Baghezza, chaque société connaît un « “optimum de diversité”, un seuil d’altérité à ne pas dépasser »au-delà duquel elle risque de sombrer dans le chaos. Selon Abdelaali Baghezza, la France d’aujourd’hui a largement dépassé ce seuil puisque nous serions face à une déplorable « colonisation à l’envers, une substitution de population et de cultures dans les quartiers populaires ». Dans le cadre de cette « substitution de population », la ville « cosmopolite » de Saint-Denis serait devenue le symbole d’une « oppressante Babélisation, destructrice de cohésion »[29].

En reprenant quasiment mot pour mot les propos d’Alain Soral, Abdelaali Baghezza ne se fait que le ventriloque du président d’Égalité et Réconciliation. Comme aux plus belles heures de la colonisation, Alain Soral dispose du verbe et Abdelaali Baghezza l’emprunte. Cette attitude servile de colonisable correspond parfaitement à ce que Malek Bennabi appelait la « colonisabilité gesticulante », c’est-à-dire l’incapacité à penser par soi-même d’individus qui se font « promener » au gré des aléas de la lutte idéologique.

Plaidant en faveur de positions hostiles à l’immigration, dans la même perspective que Camel Bechikh mais de manière plus « offensive », Abdelaali Baghezza défend l’idée que les immigrés ne seraient pas seulement une menace pour la France mais aussi une menace pour l’islam en France. Selon lui, l’immigration creusera à long terme « le cimetière de l’Islam en Europe et entravera définitivement toute éclosion d’un ijtihad musulman rénové ». Bien plus, l’immigration serait « le trou noir »de l’« appauvrissement »et de la « décomposition sectaire »[30] de l’islam dans l’hexagone. Toutes ces plaies devant s’abattre sur l’islam en France, selon l’oracle Abdelaali Baghezza, résultent essentiellement de la culture arabo-islamique des migrants que notre « Français musulman patriote » rejette viscéralement. La culture arabo-islamique et la dimension civilisationnelle de l’islam doivent être définitivement écartées pour pouvoir « acculturer » les musulmans vivant dans l’hexagone et créer un « islam de France ».

Dans leur désir de promouvoir le « patriotisme français » au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone, Camel Bechikh et Abdelaali Baghezza cherchent à réhabiliter le passé colonial de la France en adoptant les thèses classiques de l’histoire révisionniste des partisans de l’Empire colonial français. Ainsi, Camel Bechikh dénonce la perception d’une « France sans cesse coupable »notamment de son «  aventure coloniale ». Peu importe que la France n’ait jamais reconnu ses crimes coloniaux, qu’elle ait voté des lois reconnaissant  « le rôle positif de la présence française outre-mer »[31]ou encore que ses dirigeants défendent toujours son passé colonial[32], pour Camel Bechikh « toute une génération de nos compatriotes, de vieille souche ou nouvellement français, radote les litanies de la colonisation »[33].

Dans une perspective similaire, Abdelaali Baghezza appelle à « réviser notre propre histoire familiale et coloniale ».A l’instar de tous les révisionnistes en matière d’histoire coloniale, Abdelaali Baghezza renvoie dos à dos la violence oppressive des colonialistes[34]et la violence libératrice des colonisés en voulant « souligner les atrocités commises par les uns »et par les autres.Dans cette perspective, comme tous les héritiers de l’« Algérie française », Abdelaali Baghezza revient uniquement sur « le sort malheureux des Harkis » et« les tortures pratiquées par les moudjahidinesdu FLN »[35]. Cette façon de mettre le terme moudjahidineentre guillemets est évidemment une manière de contester ce titre aux combattants de l’indépendance algérienne et de dévaloriser encore une fois leur lutte. Il est vrai que défendre l’Algérie et au-delà la civilisation arabo-islamique les armes à la main contre l’impérialisme français ne peut être que condamnable aux yeux du « Français musulman patriote » qu’est Abdelaali Baghezza.

Sortir de l’impasse du discours néoshu’ubite

Ne sombrant pas dans les dérives droitières d’un Camel Bechikh ou d’un Abdelaali Baghezza et se posant comme une organisation mainstream, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) s’inscrit pleinement dans ce discours du « Français musulman patriote »en lançant sa campagne « Nous sommes la Nation ». Cette campagne du CCIF se donne pour objectif de « renforcer l’appartenance des citoyens musulmans à la communauté française et l’importance des valeurs énoncées dans la devise nationale. Les français musulmans font eux aussi partie de la Nation, par naissance, mais aussi par leur sentiment d’appartenance, par leur contribution quotidienne et historique à la vie du pays »[36].

 

Au-delà de ce serment d’allégeance à la mère patrie, la campagne du CCIF présente diverses affiches sur la même thématique. L’une d’elle est une interprétation libre du tableau « Le Serment du Jeu de Paume » de David. Cette affiche représente « une foule de citoyennes et de citoyens se saisissant du drapeau »tricolore et œuvrant « pour une restauration des valeurs fondatrices de la République ». Les musulmans y revendiquent « leur pleine appartenance à la Nation ». En posant sa campagne en ces termes, le CCIF nie la spécificité historique et culturelle de la communauté musulmane et cherche uniquement à se fondre au sein de la nation française. En réalité, le CCIF ne fait que donner des gages de respectabilité aux tenants d’un système racialement hiérarchisé en brandissant ses couleurs, en clamant ses slogans et en se revendiquant de ses « valeurs ». Toutefois, ce système racialement hiérarchisé ne s’arrête pas à ces quelques déclarations d’allégeance pour accorder l’égalité aux « Français musulmans patriotes » mais continuera son travail de sape afin que les musulmans se soumettent toujours davantage à l’ordre dominant. Il réclamera toujours plus de signes d’assimilation à la nation. Alors dans sa prochaine campagne le CCIF représentera-t-il le « Français musulman » dans les troupes de Charles Martel à la bataille de Poitier ou dans l’auditoire d’Urbain II lors de son appel à la Croisade à Clermont pour clamer l’appartenance des musulmans à la nation française ?

Une deuxième affiche représente un couple de jeunes musulmans en compagnie de leurs deux enfants assis dans leur salon. Cette affiche a pour but de montrer que les musulmans peuvent « être heureux, sourire, rire et partager un moment de joie. Comme tout être humain »pour ceux qui douteraient qu’ils le soient. Le couple évoquant le bonheur et la joie n’est évidemment pas n’importe quel couple puisqu’il s’agit d’un couple de convertis blancs ayant deux filles blondes comme les blés. Donnant l’impression d’être directement sortie d’une publicité, cette famille correspond davantage à une représentation fantasmée d’une famille française « rêvée » qu’à la réalité sociale de la communauté musulmane. Cette affiche exprime avant tout la volonté de lactification de citoyens français de confession musulmane voulant se départir de toute forme d’identité culturelle arabe et de toute trace d’identité sociale immigrée et de banlieue. Il s’agit du discours d’une nouvelle classe sociale en ascension qui s’efforce de se blanchir pour pouvoir poursuivre sa progression dans la hiérarchie sociale.

D’une manière plus fondamentale, le fait qu’une organisation mainstreamcomme le CCIF organise une campagne sur le thème de la revendication de l’appartenance des musulmans à la nation française montre que le discoursdu « Français musulman patriote » est en train de devenir hégémonique au sein des organisations musulmanes hexagonales. Au fil des ans, ce discours s’institue comme le seul discours légitime pouvant être développé par les cadres associatifs.

Néanmoins, les appels à la dépersonnalisation et à l’assimilation, les orientations anti-arabes et anti-immigrés, venant de cadres communautaires musulmans doivent être compris dans le cadre des rapports de domination communautaire existants en France. Communauté parias, pour reprendre un concept de Max Weber, la communauté musulmane vit au niveau le plus bas de l’échelle communautaire à l’œuvre en France. Cette position de dominé structurel produit, comme l’avait étudié Ibn Khaldoun en son temps, une volonté de s’assimiler aux dominants – les vainqueurs – de la part des dominés – les vaincus. Au XIVèmesiècle, l’auteur de la Mouqaddima écrivait : « On voit toujours la perfection (réunie) dans la personne d’un vainqueur. Celui-ci passe pour parfait, soit sous l’influence du respect qu’on lui porte, soit parce que ses inférieurs pensent, à tort, que leur défaite est due à la perfection du vainqueur. Cette erreur de jugement devient un article de foi. Le vaincu adopte alors les usages du vainqueur et s’assimile à lui : c’est de l’imitation pure et simple. […] On observe toujours que le vaincu s’assimile au vainqueur, dont il copie les vêtements, la monte et les armes »[37].Ibn Khaldoun ajoutait : « C’est au point qu’une nation, dominée par sa voisine, fera grand déploiement d’assimilation et d’imitation »[38].

Ces rapports sociaux entre les vaincus et les vainqueurs poussent certains musulmans à « surjouer » leur rôle de « bon français », de « patriotes », afin de donner des gages de loyauté aux dominants qu’ils souhaitent imiter dans l’espoir d’une assimilation improbable. Ces gages de loyauté les poussent à rejeter toujours davantage l’héritage civilisationnel arabo-islamique, à se distancier du monde arabe et à prendre des positions hostiles envers les immigrés et les Arabes. Au-delà des conséquences politiques immédiates de ces orientations politiques et intellectuelles plus que contestables, elles auront in finedes conséquences irréversibles sur le rapport des musulmans à la spiritualité islamique que les « Français musulmans patriotes » affirment vouloir préserver. L’attaque systématique de l’héritage civilisationnel arabo-islamique, du monde arabe et des Arabes débouchera inexorablement sur une attaque de l’islam en tant que spiritualité transcendante. La critique systématique des Arabes est depuis longtemps un moyen détourné pour saper les fondements de l’islam.

Al-Jahiz nous a déjà enseigné cela au IXèmesiècle. A propos du lien entre les positions hostiles aux Arabes et le rejet de l’islam au temps de la première shu’ubiyya, l’auteur du Livre des animaux écrivait :

« En fin de compte, la masse de ceux qui sont sceptiques à l’égard de l’islam ont été inspirés par les idées de la shu’ubiyya. Une polémique qui dure tourne au conflit. Si un homme déteste une chose, il déteste celui qui la possède, ou lui est associé. S’il déteste la langue arabe, il déteste la péninsule arabe, et s’il déteste la péninsule, il aime quiconque la déteste. Les choses ne font donc qu’empirer pour lui, jusqu’à ce qu’il renie l’islam du fait que ce sont les Arabes qui l’ont véhiculé »[39].

Dans l’histoire de la civilisation arabo-islamique les différents mouvements shu’ubites ont systématiquement suscité des réaffirmations de l’identité arabo-islamique un temps menacée. Face à la position hégémonique du discours néo-shu’ubitequels anticorps la communauté musulmane vivant dans l’hexagone va-t-elle être capable de produire pour préserver son identité arabo-islamique ? Cette capacité à répondre à ce défi est déterminante car il en va de l’avenir même de cette communauté qui pourrait bien disparaître définitivement par un processus de dépersonnalisation et d’assimilation.

Ces anticorps seront nécessairement produits par ce que Malek Bennabi appelait « le capital historique essentiel »[40]qui permit aux peuples du Maghreb de résister au colonialisme français. Ce « capital historique », constitué par le legs civilisationnel de la culture arabo-islamique, représente l’âme sans laquelle la communauté musulmane vivant dans l’hexagone ne pourra pas écrire sa propre histoire et se retrouvera définitivement balayée par le temps. Une communauté est constituée par « la foi, la culture, la fierté du passé » et tant qu’elle « ne les a pas perdues », elle « est libre » même si elle est enchaînée[41].Cette leçon fondamentale que nous enseigne l’histoire du Maghreb contemporain, devrait retenir notre attention car la communauté musulmane ne pourra pas résister aux tempêtes qui la menacent, sans s’enraciner profondément dans son patrimoine spirituel, historique et civilisationnel.


Notes de lecture & Bibliographie 

 

[1] Cf. « Shu’ubiyya » in. Encyclopédie de l’Islam, Tome IX, Leyde, E.J Brill et Paris, Maisonneuve et Larose, 1998, pages 533-536

[2] Pluriel du mot kâtibqui désignait les écrivains, les secrétaires et les différents fonctionnaires des bureaux de l’administration sous toutes ses formes.

[3] Cf. Hanna Sami A., Gadner George H., « Shu’ubiyya up-dated »,in. Middle East Journal, N° 20, 1966, URL : http://books.google.fr/books?id=zsoUAAAAIAAJ&pg=PA80&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false

[4]  Cf. par exemple, Gouguenheim Sylvain,Aristote au mont SaintMichel : les racinesgrecques de l’Europechrétienne, Paris, Ed. Seuil, 2008.

[5] Cf. Bouzar Dounia Kada Saïda, L’une voilée, l’autre pas, Le témoignage de deux musulmanes françaises, Paris, Albin Michel, 2003. Sur la critique de cet ouvrage nous renvoyons à l’article de Nadjib Achour, « Voile et assimilation : colonisabilité dans le discours des Français musulmans », 24/09/2011, URL : http://www.hoggar.org/index.php?option=com_content&view=article&id=1203:voile-et-assimilation–colonisabilite-dans-le-discours-des-francais-musulmans&catid=193:achour-nadjib&Itemid=36

[6]  Ibid., page 15

[7]   Ibid., page 93

[8] Achour Nadjib, « Voile et assimilation : colonisabilité dans le discours des Français musulmans », art. cit.

[9]  Bouzar Dounia, Kada Saïda, L’une voilée, l’autre pas, Le témoignage de deux musulmanes françaises,op. cit., page 97

[10]  Ibid., page 98

[11]   Ibid., page 133

[12] Ibid., page 40 – Dans son article, Nadjib Achour souligne la relative faiblesse théorique de cette « réinterprétation » qu’il qualifie de « tourisme scripturaire ». Cf. Achour Nadjib, « Voile et assimilation : colonisabilité dans le discours des Français musulmans », art. cit.

[13]         Ibid., page 133

[14]         Ibid., page 92

[15]  Achour Nadjib, « Voile et assimilation : colonisabilité dans le discours des Français musulmans », art. cit.

[16] La polémique autour de la participation de Tariq Ramadan au Forum Social Européen tenu en France en 2003 fut l’une des expressions de ce rejet d’une partie de ces organisations de gauche.

[17] Sur les différences théologiques et politiques entre Tariq Ramadan et Tareq Oubrou, Cf. Ternisien Xavier, « L’islam de France entre gauche et conservatisme », Le Monde, 01/03/2003.

[18] Cf. Soral Alain, « A l’ombre du minaret en flammes », 31/12/2009, URL : http://www.egaliteetreconciliation.fr/A-l-ombre-du-minaret-en-flammes-2978.html

[19] Pour nous, il ne s’agit pas de débattre du caractère universel de l’islam mais de mettre en évidence qu’Alain Soral se permet de définir l’islam à la place des musulmans et sans maîtriser le corpus des sources islamiques. De plus, il leur ordonne impérativement d’adopter la vision de l’islam qu’il a « définie ».

[20]  Soral Alain, « A l’ombre du minaret en flammes », art. cit.

[21]  Cf. Gafsia Nawel, Invention du mariage musulman : le cas tunisien, Paris, LGDJ, 2008.

[22]  Soral Alain, « A l’ombre du minaret en flammes », art. cit.

[23] Nous nous appuyons essentiellement sur la présentation faite par Camel Bechikh du projet de Fils de France à l’occasion de la 29èmeRencontre annuelle des musulmans de France organisée par l’UOIF, 12/04/2012, URL: http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=XRuUJs5FPic#!

[24] Cf. Notamment son interview au journalL’Actionfrançaise, 19/04/2012, URL : http://www.filsdefrance.fr/articles/redecouvrir-la-france-entretien-avec-laction-francaise/

[25] Présentation faite par Camel Bechikh du projet de Fils de France à l’occasion de la 29èmeRencontre annuelle des musulmans de France organisée par l’UOIF.

[26] Sur cette question Cf. Boubaker Ahmed, Hajjat Abdellali (dir.), Histoire politique des immigrations (post)coloniales : France, 1920-2008, Paris, Ed. Amsterdam, 2008

[27]  Interview au journal L’Actionfrançaise, art. cit.

[28] Propos tenus par Camel Bechikh sur France-Info, 06/04/2012, URL : http://www.youtube.com/watch?v=W8-YlMQ1Cq0&feature=share

[29] Albert Ali, « J’ose Marine malgré son islamophobie », 12/03/2012, URL : http://oumma.com/11656/jose-marine-malgre-son-islamophobie

[30]  Albert Ali, « J’ose Marine malgré son islamophobie », art. cit.

[31] Cf. La loi française n° 2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés. Autre exemple, le 28 novembre 2011,  l’ancien officier putschiste pro-« Algérie française », Hélie Denoix de Saint Marc, a été fait grand croix de la Légion d’honneur par le Président de la République, Nicolas Sarkozy. Cette décoration officielle est une manière de réhabiliter l’action des partisans de l’« Algérie française ».

[32] Par exemple lors d’un discours prononcé à Caen le 9 mars 2007, Nicolas Sarkozy, URL : http://www.francophonie-avenir.com/Index_MD_Sarkozy,_discours_de_Caen.htm

[33]  Interview au journal L’Actionfrançaise, art. cit.

[34] Rappelons seulement que la violence coloniale en Algérie fut de nature génocidaire et qu’elle ne peut en aucune manière être mise sur le même plan par sa nature, son ampleur et ses destructions que les violences révolutionnaires du FLN. Sur la violence génocidaire de la France, nous renvoyons à notre article, « Le passé génocidaire de la France en Algérie », URL : http://www.ism-france.org/analyses/Le-passe-genocidaire-de-la-France-en-Algerie-article-16433

[35]  Albert Ali, « J’ose Marine malgré son islamophobie », art. cit.

[36]  « Nous sommes la Nation », URL : http://www.noussommeslanation.fr/la-campagne/

[37] Ibn Khaldoun, Discours sur l’Histoire universelle, al-Muqaddima, Paris, Sindbab, 1997, page 227

[38]  Ibid., page 228

[39]  Cf. « Shu’ubiyya » in. Encyclopédie de l’Islam, art. cit.

[40] Bennabi Malek, Mémoires d’un témoin du siècle, Alger, Ed. Samar, 2006, page 42

[41] Bennabi Malek, « Ben Badis le mystique » Révolution Africaine n°219 du 30 avril 1967 in. Mondialisme, Alger, Dar el-Hadhara, 2004, page 123

France : les femmes voilées érigées en ennemies d’État !

France : les femmes voilées érigées en ennemies d’État

Exit l’incendie de l’usine de Rouen et ses conséquences, les revendications des gilets jaunes, les 9,3 millions de pauvres (source INSEE) et les dizaines de millions de personnes qui finissent le mois à découvert en France. Médias et politiques français ont réussi à ressortir leur cheval de bataille, le voile des femmes musulmanes.

Ancien mannequin pour le magazine Têtu et passé du Parti socialiste à l’UDI puis au Rassemblement national, l’élu Julien Odoul utilisait le prétexte de l’attaque de la préfecture de police de Paris pour s’en prendre à une maman portant le voile et accompagnant son fils au Conseil régional de Bourgogne. Un attentat après lequel le Président de la République avait appelé à une « société de vigilance ».

Il n’en fallait pas plus pour que CNews et LCI, devenus porte-voix de l’islamophobie la plus décomplexée déclenchent des centaines d’heures de direct où on ne compte plus les dérapages. Pour certains, en offrant quatre fois par semaine une émission à un Éric Zemmour condamné et appelant régulièrement à la guerre civile, CNews marche dans les pas de la radio des Mille Collines… Des « débats » qui ressemblent à des tribunes et qui brillent surtout par l’absence des intéressées.

Après 85 débats sur le voile et 286 invitations, pas une femme voilée n’a eu la parole. Après 10 jours, CNews se décidait enfin à inviter Sara El Attar. Lundi 21 octobre, elle débattait face à Pascal Praud et une Elisabeth Lévy devenue exégète du Coran. Il a suffi à la jeune femme d’une heure pour déconstruire des arguments aussi incohérents que de mauvaise foi.

Témoignant d’une « position personnelle », le ministre de l’Education nationale sortait du cadre du droit, qui autorise le port du voile pour les mamans accompagnant leurs enfants en sortie scolaire. Il indiquait que « le voile n’était pas souhaitable dans la société ». Sur sa page Facebook, le fondateur du Printemps républicain Laurent Bouvet comparait les femmes portant le foulard aux terroristes de Daesh. Directeur adjoint du Figaro, Yves Thréard confie sur LCI qu’il « déteste la religion musulmane » et « descendre du bus ou du bateau (!) lorsque qu’une femme portant le foulard monte ». Yves Thréard, émule de Rosa Parks? Toujours sur LCI, Olivier Galzi compare le voile à un uniforme nazi.

Le CCIF a déposé plainte contre Laurent Bouvet, Éric Zemmour, Julien Odoul, Olivier Galzi, Éric Tegner et Eddy Casterman. Le 23 octobre, le CCIF faisait condamner le préfet Gilles Clavreul.

En France, jusqu’à quand l’islamophobie sera-t-elle décomplexée et impunie ?