Les 7 merveilles arabes : Reqem (Pétra) la cité mystérieuse (3/7)

Les Arabes ont été les auteurs de grandes civilisations à travers l’histoire. Ils ont laissé un patrimoine et des vestiges exceptionnels. Certains de ces vestiges ont disparu, d’autres sont toujours d’actualité et nous rappellent leur grandeur. Il sera ainsi question, à travers une série d’articles, de redécouvrir ce patrimoine en mettant en lumière sept merveilles arabes.

Focus dans cet article sur Reqem, la cité mystérieuse (3/7)

Reqem « La bariolée », connue sous le nom de Pétra en Occident demeure encore très mystérieuse pour les archéologues. Fondée par les Nabatéens, dans l’actuelle Jordanie, la ville doit son surnom de “cité vermeille” à la couleur si particulière du grès qui la compose. La ville est classée depuis 1985 au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco et demeure parmi la plus visitée des merveilles arabes. Ces monuments ne sont pas les seuls à témoigner de la grandeur des Nabatéens.  Al Hijra (Hégra), Medâin Salah en Arabie saoudite, est un site archéologique classé. Il révèle davantage l’histoire des Nabatéens.

Le Centre du Monde

Située à mi-chemin entre la mer Morte et la mer Rouge, Reqem était au croisement du commerce international et interarabe de produits de luxe.

Les Nabatéens ont choisi d’en faire leur capitale notamment pour son  environnement naturel exceptionnel.

La ville est accessible par le Nord-ouest seulement via un étroit chemin montagneux, qui est dissimulé par les rochers du Siq (fossé en Arabe), large d’une dizaine de mètres seulement. Cela permettait à la ville d’être à l’abri d’envahisseurs. Elle est aussi dotée d’une source sûre en eau, ce qui en fait un lieu propice au commerce et à la création d’une citée prospère.

Bien qu’étant située dans un milieu aride et désertique, son alimentation en eau par le fleuve Wadi moussa, sa proximité avec le port de Gaza et le Golfe d’Aqaba qui lui ouvre la porte sur les marchandises des Indes, ont fait de la ville bariolée le centre du monde et du commerce au VI siècle avant notre ère jusqu’à la mort du dernier roi nabatéen, Rabbel II en 106.

Les routes commerciales terrestres des Nabatéens.

L’ Arabie fastueuse 

Nous ne savons que peu de choses sur la vie des Arabes nomades de Pétra. Les historiens cependant s’accordent à dire que les fondateurs de la ville étaient très riches. Le commerce de l’encens, le café, les parfums et les épices venant de l’Arabie Heureuse (Yémen) sont entreposés par les Nabatéens à Pétra. Les caravanes chargées d’ivoire venant d’Afrique, de perles de la mer rouge et de résine de Boswellia, convoitée dans le monde entier comme offrande aux morts, passaient par Pétra. Les marchands devaient s’acquitter d’un droit de douane. En contrepartie les caravaniers recevaient de l’eau et un endroit pour s’abriter la nuit.

La ville s’étendait sur dix kilomètres carrés et aurait abrité sous le règne d’Aretas IV, jusqu’à 40 000 personnes durant son apogée en l’an 50.

Les rares témoignages da la grandeur de la civilisation nabatéenne et de leur capitale Pétra parvenus jusqu’à nous sont le Deir et Qasr al Bent construit s sous le règne de Aretas IV, et la Khazneh construit vraisemblablement à la mort de ce dernier.  Il s’agit de temples et de tombeaux.

Pétra était le centre religieux le plus important d’Arabie et à ce titre, les habitants accordaient une grande place au culte de leurs divinités et à leurs morts. Plus la famille du défunt était riche, plus son tombeau se devait d’être majestueux.

La Khazneh ( أ‌لخزنة ) est le site le plus célèbre des tombeaux de Pétra (Reqem)

Mesurant plus de 40 mètres de hauteur, l’édifice a été construit sans échafaudages du haut vers le bas par les Nabatéens. Nous sommes aujourd’hui incapables de reproduire une telle construction dans les mêmes conditions que les leurs.

La photo ci-dessous représenterait le tombeau de Aretas IV, considéré comme le roi de l’âge d’or des Nabatéens selon des écrits retrouvés dans l’actuelle Égypte.

Le Deir (دير – monastère en Arabe)

Construit en hommage à Obodas Ier, divinisé par son peuple, il était considéré comme le roi des rois notamment grâce à ses victoires militaires.

Deir construit vraisemblablement sous Aretas IV

 

  • Qasr al Bint (قصر البنت -Palais de la fille en Arabe)

Il s’agit du plus grand lieu de culte nabatéen consacré au « dieu » suprême Dhu Al shara (celui du Mont Shara) et peut-être aussi à la déesse Al-Uzza (représentant la fertilité).

Le site de Pétra continue d’émerveiller les historiens, et les visiteurs. Elle suscitait par le passé mille et un récits plus ou moins vraisemblables par les écrivains, peintres et historiens orientalistes d’Occident.

Une sœur jumelle

Bien que située à 500 kilomètres de Pétra, Al Hijr – Hégra -,  Medain Salah aujourd’hui( مدائن صالح) est une ville jumelle de Pétra. Elle se trouve en Arabie Saoudite et elle s’étendait sur 500 hectares. On retrouve à Al Hijr ( Hégra) des constructions similaires à celles de Pétra, du grès taillé du haut vers le bas  qui représenteraient des tombeaux.  Des pièces de monnaie à l’effigie de Aretas IV ont aussi été retrouvées sur place.

Les fouilles sur le site n’ont commencé qu’en 1986. Bien que le site soit moins bien connu que Pétra, il n’en demeure pas moins un chef d’œuvre d’architecture. Il démontre également la grande maîtrise par les Nabatéens des constructions hydrauliques.

A l’instar de Pétra, Al Hijr est difficile d’accès et est cachée par des rochers.

Monument nabatéen à Hégra, Arabie saoudite.

Les Nabatéens :  de nomades à Nabab

Peu d’informations sur la civilisation nabatéenne sont parvenues jusqu’à nous.  Néanmoins quelques écrits subsistent. Ils étaient des Arabes et initialement  des nomades.

Ils avaient une habile maîtrise du commerce et dominaient le désert d’Arabie. Ils contrôlaient toutes les routes commerciales de la région. Ce monopole leur permettait notamment de prélever des taxes sur toutes les caravanes traversant leur territoire, faisant d’eux les maîtres de l’Arabie, et générant ainsi  d’immenses richesses.  Leur civilisation dura un peu plus d’un millénaire.

Les Nabatéens battaient leur propre monnaie et avaient leur propre écriture qui donnera au IV siècle l’alphabet arabe actuel.

Ils possédaient une compétence certaines dans la gestion de l’eau et dans la construction de barrages. Aussi bien à Pétra que Al-Hijr, les Nabatéens ont choisi un environnement à la fois hostile pour dissuader les ennemis et suffisamment proche d’un court d’eau pour pouvoir cultiver de la végétation.

La religion des Nabatéens était similaire à celle des Arabes de l’ère préislamique et vénéraient les mêmes divinités.

Selon le témoignage du géographe grec Strabon (Ier siècle de notre ère), la société nabatéenne était considérée comme très égalitaire : « Comme ils [les Nabatéens] ont peu d’esclaves, ils sont servis habituellement par des parents, à charge de revanche bien entendu; bien souvent il leur arrive aussi de se servir eux-mêmes, et cette nécessité s’étend jusqu’aux rois ».

Strabon évoque une monarchie qui n’est pas absolutiste :

« Le roi, ici [dans les banquets], est si mêlé à la vie commune, que, non content de se servir souvent lui-même, il sert parfois les autres de ses propres mains. Quelquefois aussi il est tenu de rendre des comptes à son peuple, et voit alors toute sa conduite soumise à une sorte d’examen public ».

Enfin les femmes pouvaient régner et avaient un statut égal à celui des hommes. Elle pouvaient également entrer prier dans les temples.

Gravure nabatéenne


Nahla AL AYAD pour AL FAZARI


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Les 7 merveilles arabes : La cité ronde de Bagdad (1/7)

Les 7 merveilles arabes : La Mosquée des Omeyyades de Damas (2/7)


Sources :

  • LivreLaïla Nehmé, François Villeneuve, Pétra, métropole de l’Arabie antique, Paris, Le Seuil, 1999. 

 

 

 

 

 

 

Les 7 merveilles arabes : La Mosquée des Omeyyades de Damas (2/7)

Les Arabes ont été les auteurs de grandes civilisations à travers l’histoire. Ils ont laissé un patrimoine et des vestiges exceptionnels. Certains de ces vestiges ont disparu, d’autres sont toujours d’actualité et nous rappellent leur grandeur. Il sera ainsi question, à travers une série d’articles, de redécouvrir ce patrimoine en mettant en lumière sept merveilles arabes.

Focus dans cet article sur la mosquée des Omeyyades de Damas (2/7)

Vue aérienne sur Damas (Syrie) et la mosquée des Omeyyades.

Mosquée de la capitale omeyyade

La mosquée des Omeyyades, appelée « La Grande Mosquée » fut bâtie entre l’an 87 et l’an 96 de l’Hégire (706 – 715 calendrier grégorien) par le calife Al- Walid Ier .  Le souverain voulait doter la ville de Damas – alors nouvelle capitale de l’empire – d’un monument à sa hauteur.

La ville  était un passage incontournable pour voyager en Orient, notamment pour se rendre à la Mecque. La “Grande Mosquée”  a fait l’objet de nombreux récits de la part de géographes, historiens et voyageurs  à l’instar d’al-Idrisi, Benjamin de Tudèle, Ibn Battuta, Ibn Jubayr ou encore Ibn Khaldun qui rivalisèrent de superlatifs pour en louer le caractère unique et faire état de leur émerveillement à la vue de la magnificence des lieux.

C’est ainsi qu’au XIV ème siècle, Ibn Battuta la décrivit en ces termes :

” C’est la plus sublime mosquée du monde par sa pompe, la plus artistement construite, la plus admirable par sa beauté, sa grâce et sa perfection. On n’en connaît pas une semblable, et l’on n’en trouve pas une seconde qui puisse soutenir la comparaison avec elle. Celui qui a présidé à sa construction et à son arrangement fut le commandeur des croyants al-Walid, fils d’Abd al-Malik, fils de Marwân.”

Les chroniques relatent même qu’un ambassadeur de Byzance se serait évanoui en découvrant l’intérieur de la salle de prière.  Le récit Merveilles de la Création (ʿAjâjʾib al-makhlûkât), œuvre composée par al-Qazwînî au XIII ème siècle fait également mention de la beauté de la mosquée.

Il s’agissait à la fois d’un lieu de culte et de savoirs où l’on prodiguait divers enseignements. Construite non loin d’un palais d’époque omeyyade – découvert lors de récentes fouilles archéologiques – elle est avec le Dôme du Rocher en Palestine et Qusair Amra « le Palais rouge » en Jordanie ; un des seuls monuments de l’époque omeyyade à avoir conservé un état proche des plans originels.

Calife omeyyade Al-Walid Ier

Le plus grand bâtiment du monde musulman à son époque : Modèle à suivre 

De par ses dimensions (157 × 77 m), cet édifice était alors le plus grand bâtiment du monde musulman et servit de modèle à toutes les autres mosquées de l’Empire. La “Grande Mosquée” est un exemple typique du plan arabe. Trois entrées permettent son accès  :  à l’ouest : “Bab el Bared”,  à l’est  “Bab Al Juryun” et enfin au nord “Bab Al Faadis”. Une fontaine est présente  dans la cour pour les ablutions.

Le décor est constitué par des mosaïques de verre à fond d’or qui recouvrent en grande partie les murs, mais aussi de bois sculptés et de marbre blanc présent également sur le sol. Six grilles de marbre à motifs géométriques sont jusqu’à aujourd’hui conservées. Toutefois, les peintures et apports de bronze (lustres et feuillets recouvrant le bois, comme au dôme du Rocher) n’existent plus.  Le mihrab est quant à lui sculpté en pierres précieuses. 

A travers l’art, on peut voir deux principaux thèmes qui se dégagent. L’édifice en pierre représente un monde pacifié et musulman et les décors floraux représentent quant à eux la ville idéale imaginée par les Omeyyades.

Mihrab principal de la mosquée des Omeyyades, Damas (Syrie).

Une histoire mouvementée

La mosquée connut plusieurs tremblements de terre et incendies en 1069, 1166 et 1174. C’est toutefois en 1893 qu’elle connut l’incendie le plus ravageur. Il fallut trois décennies pour mener à bien la restauration de l’édifice.

En 2013, suite au conflit en Syrie, un tir de mortier a atteint la façade de la Grande Mosquée et des mosaïques ont été détériorées mais leur restauration a été immédiate. La mosquée fut relativement épargnée par la guerre du fait que la capitale se trouve assez éloignée des zones de conflits.

Une Mosquée aux tombeaux illustres

 

Tombeau du Prophète Yahya (Jean-Baptiste)

 

La mosquée de Damas abrite les tombeaux de plusieurs grands personnages qui ont marqué l’histoire des Arabes et de l’Islam. On y trouve le tombeau de Salahddine (Saladin) (1138-1193), premier calife de la dynastie Ayyubide, connu comme l’artisan de la reconquête d’Al Qods (Jérusalem) face aux croisés. Son tombeau est le plus visité de la mosquée avec celui de Hussein, fils de Ali et petit-fils du Prophète Muhammad, dont la tête est conservée.

On trouve également les tombeaux des Prophètes Yahia (Jean-Baptiste) et Yunus ( Jonas).


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Les 7 merveilles arabes : La cité ronde de Bagdad (1/7)

Les Arabes ont été les auteurs de grandes civilisations à travers l’histoire. Ils ont laissé un patrimoine et des vestiges exceptionnels. Certains de ces vestiges ont disparu, d’autres sont toujours d’actualité et nous rappellent leur grandeur. Il sera ainsi question, à travers une série d’articles, de redécouvrir ce patrimoine en mettant en lumière sept merveilles arabes.

Focus dans cet article sur la cité ronde de Bagdad (1/7)

La cité ronde de Bagdad, appelée aussi: “La Cité de la Paix” (en arabe : Madinat-As-Salam”) est une ancienne ville construite dans la partie ouest de Bagdad, entre 767 et 912 ap. JC. C’est dans cette cité que se trouvait la “Maison de la Sagesse” (en arabe: al-Bayt al-Hikma) haut lieu de savoirs. En effet, c’est à Bagdad qu’est fondée en 832 la plus ancienne Maison de la Sagesse, sous le règne d’Al-Mamun.

La construction de cette ville fut l’initiative du deuxième calife abbasside Abu Jafar Al Mansur. Il avait engagé les astronomes les plus renommés ainsi que les artisans les plus habiles de tout son empire. Il a fallu quatre années et près de 100 000 ouvriers pour bâtir la prestigieuse cité.

Le plan de la ville fut conçu de manière parfaitement circulaire avec un diamètre de 4 km. Cela avait pour but de faciliter l’administration de la cité et le commerce. Au centre de Madinat-As-Salam, on trouvait une grande mosquée qui se distinguait par sa coupole de couleur verte ainsi que le palais du calife. Les logements des officiers de la cour et les bureaux administratifs étaient situés autour. La ville était protégée par un fossé de 20 m de large dans lequel l’eau était amenée par un canal ainsi que par une double enceinte circulaire.

Du centre, se distinguaient quatre avenues qui menaient chacune à une porte : Bab Echam, Bab Khorassane, Bab Bassora et Bab Al Koufa. Ces quatre portes permettaient d’entrer dans la ville. Elles étaient gardées par des sentinelles qui étaient chargées de contrôler les entrées et les sorties.

Toutes les constructions étaient bâties en briques, matériau traditionnel de la région.

Le fameux dôme vert construit sur le palais, surplombait la ville. Il mesurait plus de 48 m de haut. Richement décoré, ce dôme impressionnait tous les visiteurs de la cité. Lui qui fit la gloire de Bagdad, se verra s’effondrer en 941 suite à la foudre.

Les califes abbassides bâtissaient avec un très grand souci d’esthétisme. Madinat-As-Salam en était l’exemple. Elle se caractérisait par ses nombreux pavillons, ses colonnes, ses jardins, ses ruisseaux et pièces d’eau, ses parcs zoologiques ou encore ses caravansérails.

De par son rayonnement, la ville s’était rapidement agrandie. Elle perdait donc  peu à peu sa forme ronde originelle. Au Moyen-Âge, les voyageurs européens confondaient Bagdad avec Babylone. À cette époque, elle était formée de deux grandes parties. La première partie était constituée par “la ville ronde d’al-Mansur” située sur la rive ouest du Tigre ; la deuxième partie par la ville fortifiée d’Al-Mustazhir en 1095, à l’est.  En 1221, le calife An-Nasir rénova les fortifications auxquelles il implanta des bastions. En effet, la majeure partie de la ville ronde avait été détruite lors d’une guerre de succession en 812-813. Seule la mosquée avait été épargnée.

Madinat -As-salam était la plaque tournante du commerce international.  Via les ports du Golfe arabique (Ubullah, port de Bassora ou Sirâf) et la route de la soie, transitaient les marchandises en provenance d’Inde (épices, pierres précieuses); de Chine (soie); du Yémen (parfums) et d’Afrique orientale (bois précieux, ivoire, or). Via les routes terrestres,  la ville commerçait également avec les Bulgares de la Volga; le monde scandinave (peaux et fourrures); Constantinople ou encore l’Occident chrétien.

Les historiens considèrent Bagdad comme la première ville au monde à avoir atteint une population d’ un million d’habitants entre les VIIIe siècle et IXe siècle. En comparaison, à la même époque dans l’Occident chrétien, la population de l’ancienne « capitale » des Francs, Aix-la-Chapelle, comptait environ 10 000 habitants.

De nos jours, la ville ronde – décrite alors par l’historien et géographe al-Yaqubi comme étant « la seule ville à être connue dans le monde entier” – n’est plus. Toutefois, Bagdad, capitale de l’Irak depuis tous ces siècles, garde toujours le souvenir de ce glorieux passé.


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Source: Histoire islamique

 

Al Mu’tasim, le champion arabe

Al Mu’tasim, de son nom complet Abu Ishâq al Mu’tasim-billah est né en 794 à Bagdad en Irak. Il est le troisième fils du célèbre Calife abbasside Hâroun ar-Rachid. Al Mu’tasim devient Calife le 10 août 833 en succédant à son frère Al Ma’mun.

 

Le Calife Al-Mu’tasim est célèbre dans la civilisation arabo-musulmane pour avoir accomplit des actes héroïques. L’un de ces actes s’est déroulé durant le sixième jour du mois de ramadan de l’an 223 de l’hégire (31 juillet 838 calendrier grégorien).

Cette date marque la conquête de la ville d’al-‘Amouriya (Amorium; Située en actuelle Turquie), par le Calife abbasside Al-Mu’tasim en réponse au cri de détresse lancée par une captive musulmane  qui s’était écriée ” Ya Mu’tassama”. Cette dernière, issue de la famille des Hâchim, avait été faite prisonnière avec plus de mille autres femmes et enfants musulmans par les envahisseurs byzantins lorsqu’ils prirent les villes de Zibatra et Maltiya.  Les hommes avaient tous été exterminés. Une scène d’horreur avait eu lieu lors de cette attaque romaine en terre d’islam.

Cette intrusion dans l’empire arabo-musulman était due aux manigances du Perse Babak Khurramdîn. Ce dernier avait écrit une lettre à l’empereur byzantin Théophile pour l’informer que le Calife était aux prises avec lui et que par conséquent il s’agissait du moment opportun pour attaquer les musulmans. Babak Khurramdîn était le chef du mouvement des Khurramites. Ce mouvement était caractérisé comme étant anti-arabes et anti-musulmans. Il était localisé sur le territoire azéri (partie iranienne et partie azerbaïdjanaise). Les Khurramites appelaient à la rébellion contre le califat abbasside qu’ils combattaient farouchement ainsi qu’à la perversion des moeurs et à la division du monde musulman.

Le Calife fut informé de cette invasion et des massacres perpétrés à l’encontre de sa population. On lui rapporta également l’appel désespéré de la captive musulmane et la réponse qui lui avait été faite par un soldat byzantin.  Ce dernier lui avait rétorqué avec sarcasme : “Crois-tu qu’Al Mu’tasim viendra te sauver avec une armée composée de chevaux noirs et blancs ?”

 

Crédit: Histoire islamique

Suite à cela, Al Mu’tasim décida sur le champ d’aller libérer cette femme et tous les autres captifs musulmans. Il ordonna la constitution d’une armée composée de 70 000 hommes montants des chevaux noirs et blancs.  Il dirigea son armée vers l’armée byzantine qu’il vainquit. Le Calife envoya son général Afchin pour aller combattre Babak qu’il captura.  Le rebelle responsable du massacre des musulmans et de l’invasion romaine fut exécuté le 4 janvier 838 à Samarra.

Pour laver l’honneur des musulmans et répondre à l’acte des Byzantins qui avaient violé tous les accords de paix en vigueur entre les deux empires, Al Mu’tassim décida d’assiéger la ville la plus importante et la plus chère aux yeux des Romains d’Orient, à savoir al-‘Amouriya. C’est dans ce contexte qu’il prit la ville après un long siège.

C’est ainsi qu’il entra dans l’histoire comme le héros arabe, qui pour l’appel à l’aide d’une captive musulmane, n’hésita pas un instant à défier la puissante Byzance et à en ressortir vainqueur.

La Mecque préislamique, une Cité-Etat ?

Illustration de le Kaaba à l’époque préislamique.

Cité commerçante située au nœud des voies commerciales qui relient la Syrie et la Palestine au Golfe Arabique, au Yémen et à l’Abyssinie, la Mecque constitue quelques siècles avant l’avènement de l’Islam un point de transit, notamment des produits venus du Sud de l’Arabie afin de parvenir à Byzance. L’ Arabie a ainsi vu naître au Ve siècle l’émergence d’une nouvelle cité-Etat au carrefour de plusieurs civilisations.

On appelle communément une « cité-Etat » la forme politique spécifique d’une ville qui dispose de l’ensemble des pouvoirs d’un Etat. Elle est dotée de ses propres organes de pouvoir, son indépendance et est reconnue comme telle à l’échelle internationale. La cité-Etat antique, à l’instar de Carthage, Rome ou encore Athènes, se distingue toutefois de la cité-Etat italienne ou d’Europe du nord de la fin du Moyen-Age. En effet, la cité antique est indissociable de son arrière-pays campagnard, comptant les pays propriétaires au nombre de citoyens, tandis que la cité médiévale entretenait avec sa campagne des relations de domination, notamment mercantile.

Par conséquent, quid de l’organisation de la ville qui a vu naitre l’Islam et du fonctionnement de sa société ? S’agissait-il d’une véritable cité-Etat ? Tantôt dépeinte comme une période d’archaïsme à la fois par la doctrine islamique comme non islamique, tantôt occultée par l’historiographie contemporaine, la période de la « Jahiliyya » fut en vérité une période cruciale pour le développement à venir de la civilisation arabe.

L’intellectuel Malek Bennabi a écrit dans Vocation de l’islam :

« Il arrive souvent qu’on tronque la conception historique, ainsi que le fit Thucydide qui annulait tout le passé de l’humanité en déclarant qu’avant son époque, aucun événement important ne s’était produit dans l’Univers. C’est ainsi que l’on crée la culture d’empire ».

L’auteur dénonce ici sous le concept de « culture d’empire » l’adoption d’une vision simpliste de l’histoire qui consisterait à nier tout apport du passé par le « nouveau dominant ». C’est dans cette conception biaisée de l’histoire que la période de la « Jahiliyya » ou « Temps de l’ignorance », correspondant à la période préislamique, ne fut décrite que de manière péjorative. Pourtant, si l’on s’affranchit de cette « culture d’empire », on peut constater que la Mecque préislamique était une Cité dotée « d’une civilisation raffinée et d’institutions politiques avancées » [1].

Qusay ibn Kilâb, le fondateur de l’Etat Mecquois

La Cité fut fondée au Ve siècle par Qusay Ibn Kilâb. Il était issu de la tribu des Quraysh qui appartenait à l’aristocratie arabe. Les Quraysh descendent des Kinanides, qui est une branche des Adnânides. Ces derniers descendent eux-mêmes d’Ismaël, fils d’Abraham.

Qusay Ibn Kilâb joua un rôle primordial dans la constitution de l’Etat mecquois. Il fut à l’origine de la réunification et la sédentarisation de sa tribu autour de la Kaaba. Il mit alors en place un système sophistiqué reposant sur trois piliers : religieux, politique, militaire.

L’ organisation du domaine religieux

Dans le domaine religieux, les Quraysh occupaient la fonction de « gardiens du Temple » de la Kaaba. Par cette fonction, ils devaient s’assurer que la ville puisse subvenir aux besoins des pèlerins en eau et en nourriture et les guider tout au long du pèlerinage.

L’organisation du domaine politique:  Sénat & Impôt

Au niveau politique, Qusay mit en place un sénat et un impôt [2].

Le sénat était situé en face de la Kaaba et réunissait en son sein les chefs de clans de Quraysh, leurs alliés de Kinâna et les notables de la ville. C’est dans ce lieu que les grandes décisions relatives aux affaires de la Cité étaient adoptées et que l’on votait les décrets [3]. Ces derniers étaient retranscrits sur des feuillets ou rouleaux et étaient in fine entreposés au sein de la Kaaba. L’orientaliste Henri Lammens parle d’« une véritable République au cœur de l’Arabie » [4].

Comme le souligne A. S. Al Kaabi, par « République », il s’agit ici du sens originel du terme, à savoir : « un mode de gouvernement où il n’y avait pas de chef ou de roi, mais uniquement un ‘chef d’assemblée’ qui présidait les discussions, synthétisait les avis des membres du Conseil et prononçait la décision finale. Le pouvoir résidait dans la collégialité et n’était pas concentré entre les mains d’un seul homme » [5].

Ce mode de gouvernement était commun à toutes les tribus arabes à travers des sortes de « Conseils tribaux » qui réunissaient les différents chefs de clans. Il sera d’ailleurs conservé et adapté durant la période islamique avec le dispositif de la « Choura ».

La seconde mesure politique prise par Qusay Ibn Kilâb, comme précédemment évoqué, est la mise en place d’un impôt prélevé sur tous les habitants de la Cité afin de financer l’entretien du temple et de distribuer aux pèlerins et voyageurs repas et aumônes. Qusay prit un décret à l’égard des Quraysh instituant l’hospitalité obligatoire pour les pèlerins en ces termes :

« Ô peuple de Quraysh ! Vous êtes les hôtes de Dieu, les gardiens de Sa Maison, de Son Temple. Or, le pèlerin est l’invité de Dieu, le visiteur de sa Maison. Il vous incombe d’être généreux, alors offrez l’eau et le couvert pendant les jours de pèlerinage » [6].

Dès lors, les Quraysh acceptèrent ce décret et s’engagèrent à subvenir aux besoins des nomades arabes venus des quatre coins de l’Arabie afin d’adorer al-Asnam, c’est-à-dire les idoles. En effet, bien que la Kaaba fut à l’origine créée dans le but d’adorer le Dieu unique, peu à peu, notamment sous l’impulsion de Amru Ibn Luhay, le temple s’est transformé en un panthéon abritant les diverses idoles déposées par les visiteurs.

L’ organisation du domaine militaire

Qusay Ibn Kilâb ne se contenta pas seulement d’agir dans les domaines religieux et politique. Il entreprit également des initiatives dans le domaine militaire en établissant notamment une coalition réunissant les tribus arabes qui le soutinrent par le passé à assoir son autorité. Les Quraysh détenaient alors l’hégémonie sur cette alliance. Cette dernière leur permettait de prévenir les éventuelles menaces de tribus rivales ou hostiles qui pouvaient par ailleurs être soutenus par les royaumes et empires voisins.

Ainsi, par l’établissement de solides institutions politiques et la constitution d’alliances militaires, la Mecque vit les prémices de la fondation d’une cité-Etat. Toutefois, ce nouvel Etat demeurait défaillant sur le plan de la gestion des deniers et sur la capacité d’anticipation des perspectives économiques et commerciales qui s’ouvraient aux Quraysh.

La Mecque, une Cité-Etat devenue influente

Après la mort du fondateur de l’Etat mecquois en 480, ses descendants vont  s’atteler à le renforcer.

L’ essor commercial de la Cité-Etat

Entre l’an 500 et l’an 520, ses petits-fils Nawfal, Abdu Shams, Hâshim et Al-Muttalib, descendants de son fils Abdu Manâf, utilisèrent leurs talents de diplomates pour renforcer les alliances commerciales, et plus largement étendre la domination commerciale mecquoise dans la région. Ils se répartirent les tâches et les régions de manière organisée dans le but de remplir efficacement leurs missions.

Ibn Kathir rapporte que Hâshim obtint des « rois arabes de Syrie », les Banu Ghassân, tribu arabe de confession chrétienne, ainsi que de l’empereur byzantin, qui était alors Anastase Ier issu d’une dynastie Thrace, l’autorisation pour les commerçants mecquois de vendre sur les marchés de l’empire, notamment à Damas, destination principale des caravaniers arabes.

Abdu Shâms quant à lui, rencontra le Négus, roi d’Ethiopie et obtenu un accord commercial permettant aux Mecquois d’accoster dans les ports de la corne de l’Afrique et d’accéder aux marchés africains. Nawfal obtint également un accord avec l’empereur perse Kavadh Ier pour distribuer leurs marchandises dans les grandes villes de l’empire. Enfin, Al Muttalib négocia avec les rois himyarites du Yémen. Il s’agissait des rois Hanife Ibn Alim puis de Dhu Nuwas qui étaient alors les souverains de cette époque. Il obtenu lui aussi un droit de passage pour les commerçants qurayshites. Ils avaient ainsi pu bénéficier d’un accès aux marchés du sud de l’Arabie et commercer librement [7].

Ces accords ont permis d’accroître considérablement la prospérité économique de la cité-Etat. A.S. Al-Kaabi nous rapporte que la Mecque était devenue « l’un des centres névralgiques du commerce international. C’est à Mekka que transitaient les encens du Yémen, les épices d’Inde, d’Ethiopie, pour achalander les marchés de Ctésiphon en Perse, les villes d’Irak, ainsi que Damas et Gaza. Sur le chemin du retour les convois mekkois ramenaient vers l’Arabie et le Yémen les produits manufacturés de Syrie : armes, tissus précieux et artisanat de toutes sortes » [8].

La route des épices, qui était devenue de plus en plus menacée en mer par la piraterie, s’était déplacée sur des voies terrestres considérées plus sûres. Afin sécuriser leurs convois de caravaniers, les Quraysh avaient signé des traités avec des chefs de tribus situées à proximité des routes commerciales qu’ils empruntaient.

Routes commerciale d’Arabie dans l’antiquité. Crédit: IMA

 

Par ailleurs, la descendance de Qusay contribua à l’amélioration du fonctionnement de la société et des institutions politiques et militaires que leur ancêtre avait mises en place. Le pouvoir politique était entre les mains Abdu Dâr et les Abdu Mânaf. Afin d’améliorer l’accueil des pèlerins, Hashim s’attelait entre autres à assurer l’accueil des pèlerins les plus démunis et produisait lui-même le pain destiné aux nécessiteux [9].

L’ amélioration des institutions politiques

A l’instar de leurs aïeuls, les Mecquois s’assuraient du partage équitable du pouvoir et les assemblées politiques se voulaient consensuelles afin de ne pas provoquer de querelles ou de conflits d’intérêts. C’est pourquoi, les fonctions afférentes aux nouvelles institutions mises en place furent attribuées à d’autres clans qurayshites. Le partage des fonctions politiques se fit au-delà des seules familles descendantes de Qusay. Le domaine de la justice fut, à titre d’exemple, attribué aux Banû Taym.

Les Banû’Aday quant à eux se virent attribuer la fonction diplomatique. En effet, le Sénat avait décidé de créer la fonction de « Safara » c’est à dire « ambassade ». De par leur nouvelle fonction diplomatique, les Banû’Aday consolidèrent la politique extérieure de la Cité en s’engageant à travers une série d’alliances tribales afin de coordonner les différentes tribus arabes et éviter les conflits.

Le partage de ces fonctions qui se traduisait in fine par une « séparation des pouvoirs », chaque clan occupant en toute autonomie une fonction bien précise, assurait un équilibre et par là-même une forte stabilité des institutions politiques.

L’essor culturel de la Cité

Sur le plan culturel, la cité-Etat connut un réel essor grâce à l’enrichissement progressif de la langue arabe, notamment par le biais de la pratique de la poésie.

Le goût prononcé des Arabes pour cet art, avait amené les notables de la Mecque à choisir « les sept poèmes les plus célèbres et les plus magistraux pour les accrocher à la Kaaba en signe d’immense respect pour le génie littéraire de leurs auteurs » [10], on parle des Suspendus ou des Pendantifs (al-Mu’allaqat) [11].

L’ amélioration de l’institution militaire

Sur le plan militaire, le sénat décida de se doter d’une armée stricto sensu pour s’assurer de prévenir d’éventuelles menaces et de renforcer les alliances préexistantes. L’organisation de cette fonction fut attribuée aux Banu Makhzûm, Clan dont descendra plus tard le Général Khalid ibn al-Walid reconnu pour ses tactiques et prouesses militaires, notamment lors de l’unification tribale de l’Arabie, des guerres arabo-byzantines et de la guerre arabo-perse. Tandis que seuls les puissants royaumes étaient dotés d’une cavalerie de combat en raison de l’important investissement financier et en temps de formation que cela nécessitait, les Banu Makhzum décidèrent à leur tour de renforcer l’armée en intégrant un corps important de cavaliers. Les autres tribus Kinanides devaient quant à elle fournir les troupes de fantassins en cas de conflit.

Ainsi, l’Arabie vu naitre au fil des siècles une véritable cité-Etat en plein cœur de l’Arabie, qui s’articulaient autour d’un système politique sophistiqué. La mise en place d’une politique diplomatique et d’une politique de défense permit d’assurer de manière pérenne le développement du commerce entre l’Arabie, le Yémen, l’Afrique, la Mésopotamie, les côtes méditerranéennes, la Perse et l’Inde, régions intégrantes de la Route de la Soie. Les nombreux déplacements commerciaux et diplomatiques ont également permis aux Arabes de partager leur culture dans toute la péninsule et au-delà.

Alors que la tradition musulmane comme non musulmane présentent une Arabie préislamique décadente et anarchique durant l’«Âge de l’Ignorance », traduisant ainsi un temps de crise politique et d’appauvrissement générale, il est à noter qu’en réalité cette période n’aurait duré qu’un peu plus d’une décennie. La « Jahiliyya » donc, au regard des éléments qui ont été avancés, ne représente pas une période sombre de l’histoire. De même, il n’a pas été opéré de rupture catégorique entre le passé préislamique et l’avènement de l’Islam. Imprégnée par des siècles d’histoire, la Mecque vit naitre cette religion au VIIe siècle qui héritera de plusieurs institutions alors déjà en vigueur en Arabie préislamique, à l’instar de la « Choura ». En outre, il est rapporté que le Prophète de l’Islam aurait dit : « j’ai été envoyé pour parfaire les caractères et les ennoblir » [12]. Cela démontre bien qu’il y a une certaine continuité entre le passé antéislamique et l’arrivée de l’Islam qui est venue « parfaire » ce qui existait déjà. L’avènement de cette religion propulsera en effet cette Cité du statut de ville d’influence en Arabie à ville-sainte universelle où jusqu’à nos jours des millions de musulmans de toutes nationalités confondues perpétuent chaque année le pèlerinage autour de la Kaaba.

Bibliographie :

[1] [2] A. Soleiman. Al-Kaabi, Histoire politique de l’Islam. Tome 1, 2016.
[3] Ibn Sa’d, At Tabaqat al Kubra, 2013. 
[4] Henri Lammens, La république marchande de la Mecque vers l’an 600, 1910.
[5] A. Soleiman. Al-Kaabi, Histoire politique de l’Islam. Tome 1, 2016.
[6] Ibn Hishâm, Sira, 2009.
[7] Tafsir Ibn Kathir Tome 2,  2003.
[8] A. Soleiman. Al-Kaabi, Histoire politique de l’Islam, Tome 1, 2016.
[9] Ibn Sa’d. At-Tabaqât al Kubra, 2013.
[10] A. Soleiman. Al-Kaabi, Histoire politique de l’Islam, Tome 1, 2016.
[11] Christian Robin, «La péninsule arabique à la veille de la prédication muhhammadienne », dans Thierry Bianquis, Pierre Guichard et Mathieu Tillier (dirs.), Les débuts du monde musulman, VIIe – Xe siècle : De Muhammad aux dynasties autonomes, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio », 2012.
[12] Hadîth rapporté par Malik dans Muwatta.

Al Andalus, l’épopée arabe – Episode 1: “La Conquête”

Au VIIème siècle, alors que l’occident sombre dans le Moyen-Age avec la chute de l’empire romain survenue moins de deux siècles plus tôt, l’islam voit le jour en Arabie par le biais de son Prophète Mohammed. Les Arabes, porteurs du message universel de l’Islam, vont alors être à l’origine d’une brillante civilisation regroupant un empire allant des Pyrénées à l’Asie centrale. La conquête de la péninsule ibérique par les Arabes s’inscrit dans un contexte où suite à l’effondrement de l’empire romain, la péninsule avait vu déferler des vagues d’invasions barbares vandales puis wisigothes. Par la suite, les Wisigoths y avaient établi un royaume qui exacerbait le mécontentement de la population autochtone. C’est dans ce cadre que les Arabes firent leur apparition en Hispanie. Ils nommeront ce territoire « Al Andalus », qui signifierait « le pays des vandales».

A titre liminaire, il convient de préciser qu’il s’agit bel et bien d’une conquête arabe. En effet, au même titre que l’on parle de « conquêtes romaines » par exemple, alors-même que cette armée comportait en son sein des éléments «non Romains», il en va de même pour la conquête arabe d’Al Andalus. Bien que des éléments « non Arabes » aient pu participer à la conquête, cette dernière a été effectuée par et pour le compte de l’empire arabe omeyyade et sous la supervision et l’action du général arabe Moussa Ibn Noussaïr. Elle s’inscrit par ailleurs dans le cadre des conquêtes arabes menées depuis l’avènement de l’Islam. La langue utilisée et la civilisation transmise en Al Andalus étaient arabes. Enfin, il est important de souligner également que les populations de la péninsule s’étaient elles-mêmes arabisées. C’est ainsi que l’on peut légitimement parler de conquête arabe. Il convient également de rappeler que la religion commune à tous ces conquérants était l’islam. Elle était un leitmotiv à leur conquête. C’est pourquoi, au cours de cet article, il sera fait mention indistinctement d’armée arabe ou musulmane.

Contexte de la conquête

La perspective d’une nouvelle conquête arabe

Selon les chroniques qui nous sont parvenues, la conquête d’Al Andalus aurait été envisagée au début du VIIIème siècle, suite à la rencontre entre le comte Julien, gouverneur byzantin de Ceuta et Moussa Ibn Noussaïr, gouverneur omeyyade de l’Ifriqiya (Afrique du Nord ou Maghreb). Ce dernier était également un célèbre général pour avoir parachevé avec succès la conquête du Maghreb.

Le comte Julien aurait demandé à Moussa de conquérir la péninsule ibérique pour se venger de Rodéric (Rodrigue), roi wisigoth qui aurait attenté à l’honneur de sa fille. Les descendants et partisans de l’ancien roi wisigoth Witiza étaient également hostiles à Rodéric qui leur avait usurpé le pouvoir à la suite du décès de leur père. Suite à cet entretien, Moussa ibn Noussaïr, informa le Calife de cette nouvelle perspective de conquête. Le Calife omeyyade Al Walid lui intima de d’abord procéder à une mission de reconnaissance pour se renseigner sur la capacité de résistance des Wisigoths ainsi que sur la situation politique de l’Hispanie.

« Garde-toi d’exposer les Musulmans aux périls d’une mer aux violentes tempêtes ». 

Calife omeyyade Al Walid à Moussa ibn Noussaïr.

Le Calife aurait dit à son gouverneur : “« Garde-toi d’exposer les Musulmans aux périls d’une mer aux violentes tempêtes ». Moussa  lui aurait répondu qu’il ne s’agissait pas d’une mer mais d’un détroit où l’on pouvait apercevoir les formes de de la terre située en face.

La mission de reconnaissance

Au mois de ramadan de l’an 91 de l’Hégire (juillet 710 du calendrier grégorien), conformément aux ordres du Calife, Moussa envoya un officier omeyyade du nom de Tarif ibn Malik avec sous ses ordres 400 hommes, dont des cavaliers, pour effectuer cette mission. Le comte Julien avait mis à leur disposition une flotte composée de 4 navires pour effectuer la traversée. Tarif et ses hommes débarquèrent sur l’île qui porte aujourd’hui son nom « Tarifa ». Les troupes musulmanes firent de fructueuses incursions sur le littoral du détroit de Gibraltar et apportèrent d’excellentes nouvelles à leur général Moussa.

Le début des expéditions

Suite à ce succès, Moussa ordonna une réelle expédition en vue de conquérir la péninsule. Il avait choisi le moment opportun pour envoyer les troupes musulmanes. Rodéric était occupé au Nord de son royaume à écraser la révolte des Vascons et le climat printanier était propice à la conquête. Il décida donc d’envoyer son fidèle lieutenant Tariq ibn Zyad pour mener à bien cette expédition sous sa supervision. Le comte Julien avait quant à lui pour mission d’accompagner le corps expéditionnaire et de servir de conseiller politique à Tariq. On mit une nouvelle fois à contribution sa flotte. En parallèle, Moussa faisait construire des navires en vue d’éventuels renforts.

Le débarquement

Au mois de Radjab ou de Sha’ban de l’an 92 H (avril ou mai 711 G) Tariq et ses hommes traversèrent le détroit et se retranchèrent sur le flanc de la montagne de Calpe qui portera son nom «Gibraltar» ( en arabe «Djabal Tariq » qui signifie «la montagne de Tariq ») en attendant le débarquement de tous ses soldats. L’armée n’était constituée que de 7000 hommes. Une fois les troupes débarquées, l’armée musulmane se mit en campagne. Certaines chroniques rapportent que Tariq aurait donné l’ordre de brûler tous les bateaux pour empêcher tout retour en arrière. Ainsi, l’armée n’aurait eu d’autres choix que la victoire ou le martyr.

Tariq Ibn Zyad ordonnant à ses soldats de brûler leurs propres bateaux pour empêcher tout retour en arrière. Crédit Ya Biladi

L’armée commença par prendre la ville de Carteya située au fond de la baie de Gibraltar, puis elle se dirigea plus à l’ouest et organisa une base pour la servir en cas de retraite face à une petite île surnommée « l’île verte » (« Al Djazira al khadra »). C’est sur ce site où s’élèvera la ville d’Algésiras. Le comte Julien avait reçu pour mission de garder et de défendre au besoin cette base de repli.

L’armée arabe face à l’armée wisigothe : La bataille décisive du « Rio Barbate » ou de Guadalete

Rodéric fut rapidement informé du débarquement de l’armée arabe. Il se dirigea alors vers Cordoue – résidence qu’il occupait avant son accession au trône- où il convoqua toutes les troupes dont il pouvait disposer. Avertit de cela, Moussa envoya 5000 hommes en renfort à Tariq. L’armée arabe était composée de 12 000 hommes au total dont la plupart étaient des fantassins.

La localisation traditionnelle de la bataille est située sur le rio Guadalete. Toutefois, plusieurs historiens ont remis en cause la localisation de ce lieu qu’ils fixent sur le rio Barbate (1). Ainsi, selon Lévi-Provençal, c’est à Algésiras que Tariq attendait l’armée wisigothe.

Le lieutenant de Moussa s’était positionné dans un lieu stratégique en s’appuyant d’une part sur la lagune de la Janda et de l’autre sur les hauteurs de la Sierra de Retin. Cette position lui permettait d’avoir une belle vue sur l’ennemi. Ses espions l’avaient informé de l’arrivée de Rodéric. Le roi wisigoth était à la tête d’une armée de 100 000 hommes (2).

Les deux armées se rencontrèrent le 28 ramadan de l’an 92 H (19 juillet 711 G). L’armée de Rodéric était composée d’un corps central, d’une aile gauche et d’une aile droite. Les deux ailes firent défection peu de temps après l’engagement de la bataille. Rodéric continua toutefois le combat mais il dut rapidement fuir sous la pression de l’armée arabe. Son armée fut totalement défaite. L’armée arabe obtenue une victoire cuisante sur le « rio Barbate »(3).

 
Crédit: l’histoire

Les conquêtes internes de Tariq Ibn Zyad

Fort de ce succès, Tariq poursuivit immédiatement dans sa lancée. Il ne souhaitait ni casser le rythme de progression de son armée, ni laisser aux ennemis le temps de se reconstituer. Son objectif premier était Cordoue. Toutefois, il apprit que des éléments de l’armée wisigothe qui avait fui durant la bataille s’étaient retranchés à Ecija. Il devait donc prendre d’assaut cette ville avant de rejoindre Cordoue.

Proche d’Ecija, Tariq remporta une nouvelle victoire et vit une masse d’autochtones rejoindre l’armée arabe en raison de leur désapprobation du régime wisigothique.

Ce dernier soumettait la population à de très dures conditions de servage et était l’auteur de graves injustices, ce qui avait pour résultat d’exacerber le mécontentement de la population à son égard. L’armée musulmane était donc accueillie en « libérateur » par la population autochtone (4).

Ainsi, au regard de l’engouement de la population en vers les Arabes, Tariq changea de direction pour prendre rapidement Tolède. Il laissa sur place des hommes pour barrer la route aux Wisigoths qui souhaiteraient retarder son avance. Avec l’aide de guides fournis par le comte Julien, les musulmans poursuivirent la conquête des principales villes de la Bétique.

A l’aube de l’année 93 H (Octobre 711 G) ,à la tête de 700 cavaliers le client omeyyade Mughith conquit Cordoue. Tolède quant à elle, capitale du régime wisigoth, fut prise très rapidement par Tariq qui ne s’y attarda pas. Ce dernier poursuivit son avancée en direction du Nord Est jusqu’à Alcalà de Henares. L’hiver approchant il retourna àTolède.

Crédit: Medarus

Les conquêtes de Moussa Ibn Noussaïr

Moussa ibn Noussaïr, ayant pris les leçons du célèbre Général Oqba ibn Nafi (conquérant du Maghreb), craignait qu’une conquête aussi rapide sans réelle consolidation des arrières de l’armée musulmane pouvait être fatale. Il constitua donc une armée de 18 000 hommes composée exclusivement d’Arabes. Elle comportait de nombreux successeurs du Prophète Mohammed qu’on appelle les tabi’in, ainsi que des chefs kaisites et yéménites. Au mois de ramadan de l’année 93 H (juin 712 G) Moussa embarqua pour Algésiras avec son armée.

Dès son arrivée, Moussa commença par conquérir la ville de Medina-Sidonia puis les deux places fortes à l’Est de Séville : Carmona et Alcalà de Guadaira. Il assiégea ensuite Séville. Une fois la ville tombée, Moussa décida de prendre Mérida, où les principaux partisans de Rodéric étaient parvenus à se rallier. La ville opposa une forte résistance. Le siège dura tout l’hiver. C’est au printemps de l’année suivante, le 1er shawwal 94 H (30 juin 713 G) que la ville se rendit. Le général Moussa poursuivit sa marche en direction de Tolède où il demanda à Tariq de le rejoindre. Moussa conquit entre temps les places de Niebla, de Beja et d’Ocsonoba.

En parallèle, le gouverneur de l’Ifriqya fit frapper la monnaie qui avait cours dans le califat omeyyade : le dinar d’or. Cette monnaie avait pour face la formule islamique de l’unicité divine. Pour permettre une intégration effective d’Al Andalus dans le califat, elle fut frappée tout d’abord dans les deux langues, en arabe et en latin pour progressivement n’être frappée par la suite qu’en langue arabe.

Crédit: Histoire islamique

Durant tous ces évènements, Moussa envoyait régulièrement des messagers à Damas pour informer le calife des résultats obtenus en péninsule ibérique. Parmi eux figuraient le tabi’iAli ibn Rabah, et le client omeyyade Mughit, vainqueur de Cordoue.

L’hiver ayant pris fin , Moussa quitta Tolède et entreprit le siège de Saragosse. Le général savait que la possession de cette ville entraînerait la possession de tout le bassin moyen de l’Èbre. En l’an 714, Saragosse fut prise. Une mosquée cathédrale y fut bâtie par le tabi’i Hanash al San’ani qui y demeura. Il faisait partie des tabi’i qui avaient accompagné l’armée de Moussa.

Le général souhaitait continuer dans sa lancée où il avait pris de l’avance en direction de Lérida. Il comptait suivre la voie romaine qui reliait la capitale de l’Aragon à Barcelone et qui rejoignait ensuite la Narbonnaise le long de la côte méditerranéenne. Toutefois, ses projets furent contrariés par le retour de son messager Mughith. Ce dernier lui apporta le message du calife Al Walid qui lui demandait de rejoindre la Syrie en compagnie de Tariq. Le général et son lieutenant devaient eux-mêmes rendre compte au souverain musulman des résultats de leurs campagnes successives.

Cependant Moussa choisit volontairement de retarder son départ vers Damas. Il ne voulait pas quitter la péninsule sans s’être assuré de la possession du massif cantabrique et des régions voisines de cette chaîne de montagnes. Il s’agissait entre autres du pays qui devait s’appeler plus tard la Vieille-Castille. A l’aube de son départ, la quasi-totalité de la péninsule (Portugal et Espagne actuels) était conquise.

Il laissa son fils Abd al Aziz gouverner Al Andalus avec pour conseiller Habib ibn Abi Abda, un petit-fils du général Oqba ibn Nafi. Il lui donna pour mission de parachever la conquête de la péninsule ainsi que de pacifier les régions rebelles. Après s’être assuré que la situation était stable et sous contrôle, il prit la route avec Tariq pour rencontrer le Calife en Syrie.

L’achèvement de la conquête par Abd Al Aziz Ibn Moussa Ibn Noussaïr

Très peu d’informations nous sont parvenues concernant le fils de Moussa. Nous savons toutefois qu’il obéît aux ordres de son père en continuant la conquête des territoires restants. L’achèvement de cette conquête fut d’autant plus facilité par l’afflux considérable de musulmans vers la péninsule ibérique qui souhaitaient s’y installer avec leurs familles.

Nous savons également que Abd al Aziz conclu un Traité avec le seigneur wisigoth Théodémir (Tudmir en arabe) qui gouvernait la province de Murcie. Avant la conquête arabe, Murcie était une principauté vassale du royaume de Tolède. Plusieurs auteurs arabes nous ont conservé le texte du Traité entre les deux hommes. Il aurait été rédigé au mois de Radjab de l’année 94 H (avril 713 G). C’est l’un des rares outils diplomatiques qui nous soient parvenus jusqu’à nos jours. Voilà pourquoi le contenu de ce Traité sera reproduit ci-dessous:

« Au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux.

Écrit adressé par Abd Al Aziz ibn Musa ibn Noussaïr à Tudmir ibn Abdush.

Ce dernier obtient la paix et reçoit l’engagement, sous la garantie d’Allah et celle de son Prophète , qu’il ne sera rien changé à sa situation, ni à celle des siens ; que son droit de souveraineté ne lui sera pas contesté ; que ses sujets ne seront ni tués, ni réduits en captivité, ni séparés de leurs enfants et de leurs femmes ; qu’ils ne seront pas inquiétés dans la pratique de leur religion ; que leurs églises ne seront ni incendiées, ni dépouillées des objets du culte qui s’y trouvent ; et cela aussi longtemps qu’il satisfera aux charges que nous lui imposons. La paix lui est accordée moyennant la remise des sept villes suivantes : Orihuela, Baltana, Alicante, Mula Villena, Lorca et Ello. Par ailleurs, il ne devra donner asile à aucune personne qui se sera enfuie de chez nous ou qui sera notre ennemie, ni faire du tort à quiconque aura bénéficié de notre amnistie, ni tenir secrets les renseignements relatifs à l’ennemi qui parviendront à sa connaissance. Lui et ses sujets devront payer chaque année un tribut personnel comportant un dinar en espèce, quatre boisseaux de blé et quatre d’orge, quatre mesures de moût, quatre de vinaigre, deux de miel et deux d’huile. Ce taux sera réduit de moitié pour les esclaves.

Ecrit en radjab de l’année 94 de l’Hégire (avril 713)».

Ainsi, le gouverneur musulman reconnaît la souveraineté de Murcie, et ne porte atteinte ni aux droits de sa population, ni à ses les lieux de culte en échange d’un tribut annuel et de la remise de sept villes (5).

Les expéditions arabes en Gaule

Les conquêtes musulmanes ne s’arrêtèrent pas à la frontière des Pyrénées. Les différents gouverneurs arabes d’Al Andalus ont dès la conquête de la péninsule ibérique tenté des expéditions en Gaule. L’historien Ibn Haiyan rapporte que dès le début de la conquête avec Moussa ibn Noussaïr et Tariq ibn Ziyad des expéditions y ont été menées. C’est ainsi qu’avec les différents gouverneurs arabes qui se sont succédé, les musulmans ont conquis des villes comme Narbonne, Toulouse ou encore Avignon. Les musulmans allèrent jusqu’au « château » de Lyon sur le fleuve du Rhône. Le gouverneur Anbasa ibn Suhaim al Kalbi conquit quant à lui les villes de Carcassonne et de Nîmes. Ce dernier ne s’arrêta pas à ces conquêtes. Il remonta le fleuve du Rhône, puis celui de la Saône et pénétra en Bourgogne pour s’emparer d’Autun le 22 août 725. Le gouverneur Abd Rahman ibn Abd Allah al Ghafiki conquit quant à lui la Gascogne, le Poitou, la Touraine, Bordeaux, la Dordogne et alla jusqu’à Poitiers où il rencontra au mois de ramadan de l’année 113 H (octobre 732 G) Charles Martel qui cette fois eu le dessus sur lui.

Cela ne marqua toutefois pas la fin des conquêtes arabes en Gaule comme on le pense souvent à tort. En 734 le gouverneur de Narbonne Yusuf ibn Abd al Rahman lança une nouvelle expédition dans la vallée du Rhône. Après avoir traversé le fleuve, il conquit Arles, Saint- Rémy-de-Provence et le « Rocher d’Avignon » puis remonta assez haut dans la vallée de la Durance. Les musulmans restèrent près de quatre années en Provence avant de regagner leurs bases de départ.

Il n’y avait pas de réelle volonté de la part des musulmans de s’établir en Gaule ou de la conquérir. Contrairement en Al Andalus où il y eu une immigration massive de musulmans en vue de s’y établir, cela ne fut pas le cas en Gaule. Certaines sources mentionnent que la motivation réelle de Moussa derrière la conquête d’Al Andalus et de la Gaule aurait été Constantinople. A défaut de la conquérir sur mer il aurait souhaité la conquérir sur terre, domaine dans lequel les Arabes excellaient. Toutefois, au regard des éléments dont nous disposons, cela nous paraît peu probable puisque d’une part le souvenir de Oqba était encore très présent dans les esprits et d’autre part, la situation économique et politique du califat ne permettait pas au Calife d’opter pour une décision aussi hasardeuse…

  Al Andalus en 719-720

Ainsi, en l’espace d’environ seulement trois années, Al Andalus fut conquise. Durant une quarantaine d’années, elle sera une province omeyyade dirigée par des gouverneurs soumis à l’autorité du Calife. Cette période connaîtra des périodes d’instabilités qui permettront à certains Wisigoths de créer une petite poche de résistance au nord de la péninsule, au niveau des Asturies. Cette rébellion ne cessera de poursuivre les musulmans durant leur règne dans la péninsule. Des troubles surgissent également entre musulmans. Il faudra attendre l’arrivée d’un homme providentiel du nom de Abd al Rahman, survivant de la dynastie omeyyade pour mettre un terme à cette « fitna » (troubles, instabilités, divisions…). Il sera le fondateur de l’émirat de Cordoue.

C’est ainsi qu’à l’instar du phénix qui renaît de ses cendres, la dynastie omeyyade qui avait péri en Orient, renaîtra de ses cendres en Occident sous l’égide de celui qu’on appellera Abd al Rahman Ier “le faucon des Quraysh”.

  1. Note : L’ un de ces historiens est Lévi-Provençal, spécialiste de renom d’Al Andalus. C’est en majorité sur ses travaux que repose notre étude. Voilà pourquoi nous retiendrons sa thèse. Néanmoins, au regard de l’obscurité des sources concernant cette période, il ne peut clairement pas être établit de manière certaine les circonstances exactes de la bataille.
  2. Note: Bien que les chiffres puissent sembler discutables, nous ne disposons pas d’autres sources pouvant les infirmer. Il est toutefois certain que l’armée wisigothe était bien plus nombreuse que l’armée arabe.
  3. Note : Nous ignorons toutefois ce qu’est devenu Rodéric. Certaines chroniques rapportent qu’il a péri durant la bataille, ce qui semble être le plus probable, toutefois, d’autres sources prétendent qu’il a pu fuir in extremis.
  4. Note: On peut légitimement penser que cette dernière était également séduite par le comportement de l’armée musulmane. En effet, l’islam impose des règles très strictes en temps de guerre. Les soldats musulmans ne doivent pas toucher aux femmes, aux enfants, aux personnes âgées, aux arbres fruitiers, aux lieux habités, aux animaux (si ce n’est pour se nourrir), aux religieux…Ils ne doivent pas non plus mutiler les corps de l’ennemi…Tous ces aspects ont favorisé l’implantation des musulmans dans la péninsule.
  5. Note : Il est à noter que pour l’époque, vis-à-vis de leurs contemporains, il s’agissait d’une politique magnanime. La tolérance religieuse par exemple n’était pas pratiquée dans la péninsule ibérique à l’arrivée des musulmans. Cette politique qui faisait également appel à des principes d’équité en allégeant les charges des « plus faibles » par exemple avait séduit la population autochtone. Cette pratique n’était pas une exception andalouse mais une réalité appliquée à l’ensemble des territoires de l’empire musulman. Elle ne permettait pas seulement la coexistence entre les populations de confession chrétienne, juive et musulmane mais aussi une coexistence pacifique avec les populations païennes comme ce fut le cas lors de la conquête arabe de l‘Egypte par exemple.

Bibliographie

  • LEVI-PROVENCAL, Histoire de l’Espagne musulmane Tome 1 « la conquête et l’émirat hispano-umaiyade (710-912), Maisonneuve & Larose, 1999.
  • GUICHARD Pierre, Al-Andalus 711-1492, Une histoire de l’Espagne musulmane, Pluriel, 2011.
  • MARTINEZ-GROS Gabriel, L’Idéologie omeyyade : La construction de la légitimité du califat de Cordoue (Xe-XIe s), Casa de Velazquez, 1992.