Les 7 merveilles arabes : Reqem (Pétra) la cité mystérieuse (3/7)

Les Arabes ont été les auteurs de grandes civilisations à travers l’histoire. Ils ont laissé un patrimoine et des vestiges exceptionnels. Certains de ces vestiges ont disparu, d’autres sont toujours d’actualité et nous rappellent leur grandeur. Il sera ainsi question, à travers une série d’articles, de redécouvrir ce patrimoine en mettant en lumière sept merveilles arabes.

Focus dans cet article sur Reqem, la cité mystérieuse (3/7)

Reqem « La bariolée », connue sous le nom de Pétra en Occident demeure encore très mystérieuse pour les archéologues. Fondée par les Nabatéens, dans l’actuelle Jordanie, la ville doit son surnom de “cité vermeille” à la couleur si particulière du grès qui la compose. La ville est classée depuis 1985 au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco et demeure parmi la plus visitée des merveilles arabes. Ces monuments ne sont pas les seuls à témoigner de la grandeur des Nabatéens.  Al Hijra (Hégra), Medâin Salah en Arabie saoudite, est un site archéologique classé. Il révèle davantage l’histoire des Nabatéens.

Le Centre du Monde

Située à mi-chemin entre la mer Morte et la mer Rouge, Reqem était au croisement du commerce international et interarabe de produits de luxe.

Les Nabatéens ont choisi d’en faire leur capitale notamment pour son  environnement naturel exceptionnel.

La ville est accessible par le Nord-ouest seulement via un étroit chemin montagneux, qui est dissimulé par les rochers du Siq (fossé en Arabe), large d’une dizaine de mètres seulement. Cela permettait à la ville d’être à l’abri d’envahisseurs. Elle est aussi dotée d’une source sûre en eau, ce qui en fait un lieu propice au commerce et à la création d’une citée prospère.

Bien qu’étant située dans un milieu aride et désertique, son alimentation en eau par le fleuve Wadi moussa, sa proximité avec le port de Gaza et le Golfe d’Aqaba qui lui ouvre la porte sur les marchandises des Indes, ont fait de la ville bariolée le centre du monde et du commerce au VI siècle avant notre ère jusqu’à la mort du dernier roi nabatéen, Rabbel II en 106.

Les routes commerciales terrestres des Nabatéens.

L’ Arabie fastueuse 

Nous ne savons que peu de choses sur la vie des Arabes nomades de Pétra. Les historiens cependant s’accordent à dire que les fondateurs de la ville étaient très riches. Le commerce de l’encens, le café, les parfums et les épices venant de l’Arabie Heureuse (Yémen) sont entreposés par les Nabatéens à Pétra. Les caravanes chargées d’ivoire venant d’Afrique, de perles de la mer rouge et de résine de Boswellia, convoitée dans le monde entier comme offrande aux morts, passaient par Pétra. Les marchands devaient s’acquitter d’un droit de douane. En contrepartie les caravaniers recevaient de l’eau et un endroit pour s’abriter la nuit.

La ville s’étendait sur dix kilomètres carrés et aurait abrité sous le règne d’Aretas IV, jusqu’à 40 000 personnes durant son apogée en l’an 50.

Les rares témoignages da la grandeur de la civilisation nabatéenne et de leur capitale Pétra parvenus jusqu’à nous sont le Deir et Qasr al Bent construit s sous le règne de Aretas IV, et la Khazneh construit vraisemblablement à la mort de ce dernier.  Il s’agit de temples et de tombeaux.

Pétra était le centre religieux le plus important d’Arabie et à ce titre, les habitants accordaient une grande place au culte de leurs divinités et à leurs morts. Plus la famille du défunt était riche, plus son tombeau se devait d’être majestueux.

La Khazneh ( أ‌لخزنة ) est le site le plus célèbre des tombeaux de Pétra (Reqem)

Mesurant plus de 40 mètres de hauteur, l’édifice a été construit sans échafaudages du haut vers le bas par les Nabatéens. Nous sommes aujourd’hui incapables de reproduire une telle construction dans les mêmes conditions que les leurs.

La photo ci-dessous représenterait le tombeau de Aretas IV, considéré comme le roi de l’âge d’or des Nabatéens selon des écrits retrouvés dans l’actuelle Égypte.

Le Deir (دير – monastère en Arabe)

Construit en hommage à Obodas Ier, divinisé par son peuple, il était considéré comme le roi des rois notamment grâce à ses victoires militaires.

Deir construit vraisemblablement sous Aretas IV

 

  • Qasr al Bint (قصر البنت -Palais de la fille en Arabe)

Il s’agit du plus grand lieu de culte nabatéen consacré au « dieu » suprême Dhu Al shara (celui du Mont Shara) et peut-être aussi à la déesse Al-Uzza (représentant la fertilité).

Le site de Pétra continue d’émerveiller les historiens, et les visiteurs. Elle suscitait par le passé mille et un récits plus ou moins vraisemblables par les écrivains, peintres et historiens orientalistes d’Occident.

Une sœur jumelle

Bien que située à 500 kilomètres de Pétra, Al Hijr – Hégra -,  Medain Salah aujourd’hui( مدائن صالح) est une ville jumelle de Pétra. Elle se trouve en Arabie Saoudite et elle s’étendait sur 500 hectares. On retrouve à Al Hijr ( Hégra) des constructions similaires à celles de Pétra, du grès taillé du haut vers le bas  qui représenteraient des tombeaux.  Des pièces de monnaie à l’effigie de Aretas IV ont aussi été retrouvées sur place.

Les fouilles sur le site n’ont commencé qu’en 1986. Bien que le site soit moins bien connu que Pétra, il n’en demeure pas moins un chef d’œuvre d’architecture. Il démontre également la grande maîtrise par les Nabatéens des constructions hydrauliques.

A l’instar de Pétra, Al Hijr est difficile d’accès et est cachée par des rochers.

Monument nabatéen à Hégra, Arabie saoudite.

Les Nabatéens :  de nomades à Nabab

Peu d’informations sur la civilisation nabatéenne sont parvenues jusqu’à nous.  Néanmoins quelques écrits subsistent. Ils étaient des Arabes et initialement  des nomades.

Ils avaient une habile maîtrise du commerce et dominaient le désert d’Arabie. Ils contrôlaient toutes les routes commerciales de la région. Ce monopole leur permettait notamment de prélever des taxes sur toutes les caravanes traversant leur territoire, faisant d’eux les maîtres de l’Arabie, et générant ainsi  d’immenses richesses.  Leur civilisation dura un peu plus d’un millénaire.

Les Nabatéens battaient leur propre monnaie et avaient leur propre écriture qui donnera au IV siècle l’alphabet arabe actuel.

Ils possédaient une compétence certaines dans la gestion de l’eau et dans la construction de barrages. Aussi bien à Pétra que Al-Hijr, les Nabatéens ont choisi un environnement à la fois hostile pour dissuader les ennemis et suffisamment proche d’un court d’eau pour pouvoir cultiver de la végétation.

La religion des Nabatéens était similaire à celle des Arabes de l’ère préislamique et vénéraient les mêmes divinités.

Selon le témoignage du géographe grec Strabon (Ier siècle de notre ère), la société nabatéenne était considérée comme très égalitaire : « Comme ils [les Nabatéens] ont peu d’esclaves, ils sont servis habituellement par des parents, à charge de revanche bien entendu; bien souvent il leur arrive aussi de se servir eux-mêmes, et cette nécessité s’étend jusqu’aux rois ».

Strabon évoque une monarchie qui n’est pas absolutiste :

« Le roi, ici [dans les banquets], est si mêlé à la vie commune, que, non content de se servir souvent lui-même, il sert parfois les autres de ses propres mains. Quelquefois aussi il est tenu de rendre des comptes à son peuple, et voit alors toute sa conduite soumise à une sorte d’examen public ».

Enfin les femmes pouvaient régner et avaient un statut égal à celui des hommes. Elle pouvaient également entrer prier dans les temples.

Gravure nabatéenne


Nahla AL AYAD pour AL FAZARI


Lire aussi :

Les 7 merveilles arabes : La cité ronde de Bagdad (1/7)

Les 7 merveilles arabes : La Mosquée des Omeyyades de Damas (2/7)


Sources :

  • LivreLaïla Nehmé, François Villeneuve, Pétra, métropole de l’Arabie antique, Paris, Le Seuil, 1999. 

 

 

 

 

 

 

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